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Le Pasteur (trad. coll. Icthus, v.1, p. 168)
Chasse de ton âme le doute, n’hésite jamais à adresser à Dieu ta prière, en te disant : « Comment pourrais-je prier, comment pourrais-je être exaucé, après avoir tant offensé Dieu ? » Ne raisonne pas ainsi ; mais tourne-toi de tout ton coeur vers le Seigneur, et prie-le avec une pleine confiance. Tu connaîtras alors l’étendue de sa miséricorde ; tu verras que, loin de t’abandonner, il comblera les désirs de ton coeur. Car Dieu n’est pas comme les hommes qui gardent le souvenir du mal ; chez lui, pas de ressentiment, mais une tendre compassion envers ses créatures. Purifie donc ton coeur de toutes les vanités du monde, du mal et du péché…, et prie le Seigneur. Tu obtiendras tout…, si ta prière est faite avec une entière confiance. Mais si le doute se glisse dans ton coeur, aucune de tes demandes ne sera exaucée. Ceux qui doutent de Dieu sont des âmes doubles ; ils n’obtiennent rien de ce qu’ils demandent… Quiconque doute, à moins de se convertir, sera difficilement exaucé et sauvé. Purifie donc ton âme du doute, revêts-toi de la foi, car elle est puissante, et crois fermement que Dieu exaucera toutes tes demandes. Et s’il arrive qu’il tarde un peu à exaucer ta prière, ne retombe pas dans le doute pour n’avoir pas obtenu tout de suite ce que tu demandes ; ce retard est pour te faire grandir dans la foi. Ne cesse donc pas de demander ce que tu désires… Garde-toi du doute : il est pernicieux et insensé, il déracine la foi chez beaucoup, même chez ceux qui étaient très fermes… La foi est forte et puissante ; elle promet tout et elle réussit en tout ; le doute, faute de confiance, échoue en tout.
“Il a tracé une croix pour fixer les quatre points cardinaux ; il a agité le Souffle primitif, afin de produire les deux principes. Les ténèbres et le vide se transformèrent, et le ciel et la terre s’ouvrirent ; le soleil et la lune se murent, et les jours et les nuits existèrent. Il ouvra et parfit les dix mille êtres ; il réalisa et dressa le premier homme. Spécialement, il le doua d’une harmonie excellente ; il lui conféra l’hégémonie sur l’immensité des créatures. La nature de l’homme, dans son état primitif, était impassible et ne s’enflait pas ; son cœur, d’une candeur uniforme, était à l’origine sans appétits. Mais il advint que Satan usa d’imposture, et para d’ornements l’essence pure. Il intercala l’égalité de grandeur au milieu de ceci qui était bien ; il inséra l’identité mystérieuse à l’intérieur de cela qui fut mal. Les uns ont désigné des objets créés et les ont invoqués comme leurs Seigneurs ; d’autres ont fait le vide avec l’être et par là les ont anéantis tous deux ; d’autres ont adressé des prières et des sacrifices pour demander le bonheur ; d’autres ont fait parade de vertu pour en imposer à autrui. Leurs pensées s’agitaient ; leurs passions peinaient. Accablés de fatigue, ils n’obtenaient rien et, brûlés et tourmentés, ils se consumaient tour à tour ; dans l’accumulation des ténèbres, ils avaient perdu la route, et depuis longtemps s’éloignaient du retour excellent.
C’est alors que la personne divisée de notre Unité Trine, le Vénérable Radieux Messie, rentrant et voilant sa Majesté véritable, vint au monde semblable aux hommes. Un ange publia la bonne nouvelle, et une Vierge enfanta le Saint dans le Ta-ts’in (Da Qin, l’Orient méditerranéen) ; un astre radieux annonça l’heureux événement, et la Perse, ayant vu son éclat, vint offrir des présents. Le Messie accomplit la Loi ancienne (l’Ancien Testament) qui avait été formulée par les vingt-quatre saints pour gouverner les familles et les empires selon le grand modèle ; il établit la doctrine nouvelle, qui ne s’exprime pas en paroles, de l’Esprit Saint de l’Unité Trine, pour former à la pratique vertueuse selon la foi correcte.
Comme loi, ses disciples baptisent par l’eau et par l’Esprit qui, lavant les vains ornements, purifient dans la simplicité et la candeur ; comme sceau, ils tiennent la croix qui, joignant les quatre directions lumineuses, unit sans distinction. Par le bois qu’ils frappent, ils font retentir les sons de la charité et de la bienfaisance ; par le rite vers l’orient, ils se rendent à la route de la Vie et de la Gloire. Ils gardent la barbe, parce qu’ils agissent au-dehors ; ils rasent le sommet du crâne, parce qu’ils n’ont pas de passions intérieures. Ils n’entretiennent pas d’esclaves, ne distinguant pas chez autrui de classes nobles ou viles ; ils n’amassent pas de richesses, donnant pour eux-mêmes l’exemple du renoncement absolu. Leurs jeûnes se complètent par la retraite et la méditation ; leurs défenses s’affermissent par la tranquillité et la vigilance. A sept heures du jour, ils ont des hymnes rituelles, aidant grandement les vivants et les morts ; tous les sept jours, ils célèbrent un service, purifiant le cœur et lui rendant sa candeur. Cette doctrine véritable et éternelle, elle est transcendante, et ainsi difficile à nommer ; comme sa pratique méritoire est éclatante, nous la nommerons, en nous forçant, la Religion Radieuse.”
(Cf. le livre “Chrétiens d’Orient sur la route de la soie” ) texte du VII ou VIIIème siècle.
Moniale Eliane du Saint Monastère du Buisson Ardent
Ecrits spirituels (trad. Bellefontaine 1971, p.41)
«Quand il viendra, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière»
Si tu veux prier en ton coeur et que tu n’en sois pas capable, contente-toi de dire la prière avec les lèvres, et tiens ton esprit attentif à ce que tu dis. Peu à peu, le Seigneur te donnera aussi la grâce de la prière intérieure, et tu sauras alors prier sans distraction. Ne cherche pas à réaliser la prière du coeur par des moyens techniques ; tu endommagerais ton coeur, et à la fin, tu ne prierais que des lèvres. Reconnais l’ordre de la vie spirituelle : Dieu accorde ses dons à l’âme humble et sincère. Sois obéissant, conserve la mesure en tout, dans la nourriture, dans la parole, en toute démarche. C’est alors que le Seigneur lui-même te donnera la grâce de la prière intérieure…
Le silence spirituel naît du désir d’accomplir le commandement du Christ : «Aime le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces» (Mc 12,33). Ce silence est suscité par la recherche du Dieu vivant, chez celui qui veut se libérer des tentations de ce monde pour trouver le Seigneur dans la plénitude de l’amour, pour vivre en sa présence dans la prière pure.
Seigneur, comment pourrais-je ne pas te chercher ? Tu t’es révélé à mon âme d’une façon si incroyable ! Tu l’as faite prisonnière de ton amour, elle ne peut pas t’oublier. Soudain, en effet, l’âme reconnaît le Seigneur dans l’Esprit Saint ; qui peut décrire cette joie et cette consolation ? Le Saint Esprit agit dans l’homme tout entier, dans l’intelligence, l’âme et le corps ; ainsi Dieu est-il reconnu sur la terre comme au ciel. Dans son infinie bonté, le Seigneur m’a accordé cette grâce, à moi qui suis pécheur, pour que les hommes Le connaissent et se tournent vers Lui.
La Trinité, 2, 31-35 (trad. cf DDB 1981, t.1, p. 88s et Bouchet, Lectionnaire, p. 221)
« Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité »
« Dieu est esprit » dit le Seigneur à la Samaritaine…; puisque Dieu est invisible, incompréhensible et infini, ce n’est ni sur une montagne, ni dans un temple que Dieu doit être adoré (Jn 4,21-24). « Dieu est esprit » et un esprit ne peut pas être circonscrit, ni tenu en main ; par la puissance de sa nature, il est partout et n’est absent d’aucun lieu ; par tout lui-même il surabonde en toutes choses. C’est pourquoi il faut adorer dans l’Esprit Saint le Dieu qui est esprit…
L’apôtre Paul ne dit pas autre chose quand il écrit : « Le Seigneur est esprit, et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2Co 3,17)… Que cessent donc les argumentations de ceux qui refusent l’Esprit. L’Esprit Saint est un, partout répandu, illuminant tous les patriarches, les prophètes et tout le choeur de ceux qui ont participé à la rédaction de la Loi. Il a inspiré Jean le Baptiste dès le sein de sa mère ; il a été répandu enfin sur les apôtres et tous les croyants pour qu’ils connaissent la vérité qui leur est donnée par grâce.
Quelle est en nous l’action de l’Esprit ? Écoutons les paroles du Seigneur lui-même : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous n’avez pas la force de les porter maintenant. Il vous est bon que je m’en aille, car si je m’en vais, je vous enverrai un défenseur…, l’Esprit de vérité qui vous conduira à la vérité tout entière » (Jn 16,7-13)… En ces mots nous sont révélés la volonté du donateur, ainsi que la nature et le rôle de celui qu’il nous donne. Car notre faiblesse ne nous permet pas de connaître ni le Père ni le Fils ; le mystère de l’incarnation de Dieu est difficile à comprendre. Le don de l’Esprit Saint, qui se fait notre allié par son intercession, nous illumine…
Or ce don unique qui est dans le Christ est offert en plénitude à tous. Il ne manque nulle part, mais il est donné à chacun pour autant qu’il veut le recevoir. Cet Esprit Saint demeure avec nous jusqu’à la consommation des temps, il est notre consolation dans l’attente, il est le gage des biens de l’espérance à venir, il est la lumière de nos esprits, il est la splendeur de nos âmes.
Nous vous proposons ici d’écouter et/ou de télécharger l’émission radiodiffusée le 29 mai 2008 sur les ondes de la Radio Chrétienne de France - RCF Côte d’Azur. Le Père Marcel Sarkis, recteur de la paroisse antiochienne Saint Ignace le Théophore à Nice, reprend dans cette émission la suite de la conférence qu’il a donnée lors de la rencontre organisée par la paroisse russe Saint Nicolas (6, rue longchamp) le lundi 11 janvier 2008.
Nous vous rappelons de même, que vous avez la possibilité de télécharger le texte de “la Vie et du Martyr du Saint Prêtre Yussif de Damas” en cliquant sur le lien: “Bulletin n° 8″.
Ecrits spirituels (trad. Bellefontaine 1971, p.51)
« Je vous ai dit tout cela pour que vous trouviez en moi la paix »
N’est-ce pas le Seigneur lui-même qui a dit : « Le Royaume de Dieu est en vous » (Lc 17,21) ? C’est maintenant que commence la vie éternelle… Je vous en prie, mes frères, faites-en la preuve ! Si quelqu’un vous offense, vous calomnie, vous enlève ce qui vous appartient, et même s’il est un persécuteur de la sainte Eglise, priez Dieu et dites : « Seigneur, nous sommes tous tes créatures, aie pitié de tes serviteurs et amène leur coeur à la pénitence ». Alors tu sentiras la grâce dans ton âme. Certes, au début, tu dois faire un effort pour aimer tes ennemis ; mais le Seigneur, voyant ta bonne volonté t’aidera en toutes choses et l’expérience elle-même t’indiquera le chemin. Par contre, celui qui médite de mauvaises choses contre ses ennemis ne peut pas posséder l’amour et donc connaître Dieu.
N’être jamais violent avec son frère ; ne le juger jamais ; convaincre dans la douceur et l’amour. L’orgueil et la dureté enlèvent la paix. Aime donc celui qui ne t’aime pas et prie pour lui ; ainsi la paix ne sera point troublée.
Nous vous proposons ici d’écouter et/ou de télécharger l’émission radiodiffusée le 22 mai 2008 sur les ondes de la Radio Chrétienne de France - RCF Côte d’Azur. Le Père Marcel Sarkis, recteur de la paroisse antiochienne Saint Ignace le Théophore à Nice, reprend dans cette émission le propos de la conférence qu’il a donnée lors de la rencontre organisée par la paroisse russe Saint Nicolas (6, rue longchamp) le lundi 11 janvier 2008.
Production et enregistrement : P. Marcel Sarkis, diplômé de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge de Paris.
Montage : P. Marcel Sarkis et P. Michel Philippenko (paroisse orthodoxe russe de Nice Saint-Nicolas – Patriarcat Œcuménique de Constantinople).
Nous vous rappelons de même, que vous avez la possibilité de télécharger le texte de “la Vie et du Martyr du Saint Prêtre Yussif de Damas” en cliquant sur le lien: “Bulletin n° 8″.
La Vie en Christ, IV, 6-8 (trad. cf SC 355, p. 267)
« Si quelqu’un m’aime…, mon Père l’aimera, nous irons demeurer auprès de lui »
La promesse liée à la table eucharistique nous fait habiter dans le Christ et le Christ en nous, car il est écrit : « Il demeure en moi et moi en lui » (Jn 6,56). Si le Christ demeure en nous, de quoi aurions-nous besoin ? Qu’est-ce qui pourrait nous manquer ? Si nous demeurons en Christ, que pouvons-nous désirer de plus ? Il est à la fois notre hôte et notre demeure. Heureux sommes-nous d’être son habitation ! Quelle joie d’être nous-mêmes la demeure d’un tel hôte ! Quel bien pourrait manquer à ceux qu’il traite ainsi ? Qu’est-ce qu’ils auraient en commun avec le mal, ceux qui resplendissent d’une telle lumière ? Quel mal pourrait résister à tant de bien ? Plus rien d’autre ne peut demeurer en nous ou venir nous assaillir quand le Christ s’unit à nous ainsi. Il nous entoure et pénètre le plus profond de nous-mêmes ; il est notre protection, notre refuge ; il nous enserre de tous côtés. Il est notre demeure, et il est l’hôte qui emplit toute sa demeure. Car nous ne recevons pas une partie de lui mais lui-même, non pas un rayon de lumière mais le soleil…, au point de ne former avec lui qu’un seul esprit (1Co 6,17)… Notre âme est unie à son âme, notre corps à son corps et notre sang à son sang… Comme le dit saint Paul : « Notre être mortel est absorbé par la vie » (2Co 5,4) et « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).
La Prière, 31 (trad. DDB 1977, p. 117)
« Tout ce que vous demanderez en invoquant mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils »
Il me semble que celui qui se dispose à prier doit se recueillir et se préparer quelque peu, pour être plus prompt, plus attentif à l’ensemble de sa prière. Il doit de même chasser toutes les anxiétés et tous les troubles de sa pensée, et s’efforcer de se souvenir de la grandeur du Dieu qu’il approche, songer qu’il est impie de se présenter à lui sans attention, sans effort, avec une sorte de sans-gêne, rejeter enfin toutes les pensées étrangères.
En venant à la prière, il faut présenter pour ainsi dire l’âme avant les mains, élever l’esprit vers Dieu avant les yeux, dégager l’esprit de la terre avant de se lever pour l’offrir au Seigneur de l’univers, enfin déposer tout ressentiment des offenses qu’on croit avoir reçues si on désire que Dieu oublie le mal commis contre lui-même, contre nos proches, ou contre la droite raison. Comme les attitudes du corps sont innombrables, celle où nous étendons les mains et où nous levons les yeux au ciel doit être sûrement préférée à toutes les autres, pour exprimer dans le corps l’image des dispositions de l’âme pendant la prière…, mais les circonstances peuvent amener parfois à prier assis…ou même couché… Pour la prière à genoux, elle est nécessaire lorsque quelqu’un s’accuse devant Dieu de ses propres péchés, en le suppliant de le guérir et de l’absoudre.
Elle est le symbole de ce prosternement et de cette soumission dont parle Paul lorsqu’il écrit : « C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père, de qui vient toute paternité dans le ciel et sur la terre » (Ep 3,14-15). C’est là l’agenouillement spirituel, ainsi appelé parce que toute créature adore Dieu au nom de Jésus et se soumet humblement à lui. L’apôtre Paul semble y faire allusion quand il dit : « Qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre, et dans l’abîme » (Ph 2,10).
Catéchèse 13 (trad. cf SC 104, p. 199)
« Voici que Jésus vint à leur rencontre »
Beaucoup de gens croient en la résurrection du Christ, mais peu en ont la claire vision. Et comment ceux qui ne l’ont pas vue peuvent-ils adorer le Christ Jésus comme Saint et comme Seigneur ? En effet, il est écrit : «Personne ne peut dire ‘ Jésus est le Seigneur ’ sinon dans l’Esprit Saint» (1Co 12,3), et aussi : «Dieu est Esprit, et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité» (Jn 4,24)… Comment donc l’Esprit Saint nous pousse-t-il à dire aujourd’hui [à la liturgie] : « Nous avons vu la résurrection du Christ. Adorons le Saint, le Seigneur Jésus, le seul sans péché ». Comment nous invite-t-il à l’affirmer comme si nous l’avions vu ?
Le Christ est ressuscité une seule fois, il y a mille ans, [2000 ans pour nous aujourd'hui] et même alors personne ne l’a vu ressusciter. Est-ce que la divine Écriture veut nous faire mentir ? Jamais de la vie ! Au contraire, elle nous exhorte à attester la vérité, cette vérité qu’en chacun de nous, ses fidèles, se reproduit la résurrection du Christ, et cela non pas une fois mais quand, à chaque heure pour ainsi dire, le Maître en personne, le Christ, ressuscite en nous, tout vêtu de blanc et fulgurant des éclairs de l’incorruptibilité et de la divinité. Car le lumineux avènement de l’Esprit nous fait entrevoir, comme en son matin, la résurrection du Maître, ou plutôt nous fait la faveur de le voir lui-même, Lui le Ressuscité. C’est pourquoi nous chantons : « Le Seigneur est Dieu, et Il nous est apparu » (Ps 117,27), et par allusion à son second avènement, nous ajoutons : «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur» (v. 26)…
C’est bien spirituellement, pour leur regard spirituel, qu’il se montre et se fait voir. Et lorsque cela se produit en nous par l’Esprit Saint, Il nous ressuscite des morts, Il nous vivifie et Il se donne à voir lui-même, tout entier, vivant en nous, Lui l’immortel et l’impérissable. Il nous fait la grâce de le connaître clairement, Lui qui nous ressuscite avec lui et nous fait entrer avec lui dans sa gloire.
Hymne 40 (trad. SC 128, p. 397s rev.)
Marie Madeleine, envoyée annoncer la Résurrection
Celui qui sonde les coeurs et les reins (Ps 7,10), sachant que Marie reconnaîtrait sa voix, appelait son agneau en vrai pasteur (Jn 10,4) disant: « Marie ! » Elle dit aussitôt : « Oui, c’est bien mon bon pasteur qui m’appelle pour me compter désormais avec les quatre-vingt-dix-neuf brebis (Lc 15,4). Je vois derrière lui des légions de saints, des armées de justes… Je sais bien qui il est, celui qui m’appelle ; je l’avais dit, c’est mon Seigneur, c’est celui qui offre aux hommes déchus la Résurrection ». Emportée par la ferveur de l’amour, la jeune femme voulut saisir celui qui remplit toute la création… Mais le Créateur…l’éleva vers le monde divin en disant : « Ne me touche pas ; me prendrais-tu seulement pour un mortel ? Je suis Dieu, ne me touche pas… Lève là-haut tes yeux et regarde le monde céleste ; c’est là que tu dois me chercher. Car Je monte vers mon Père, que Je n’ai pas quitté. J’ai toujours été en même temps que Lui, Je partage son trône, Je reçois le même honneur, moi qui offre aux hommes déchus la Résurrection. « Que ta langue désormais proclame ces choses et les explique aux fils du Royaume qui attendent que je m’éveille, moi, le Vivant. Va vite, Marie, rassemble Mes disciples. J’ai en toi une trompette à la voix puissante ; sonne un chant de paix aux oreilles craintives de mes amis cachés, éveille-les tous comme d’un sommeil, afin qu’ils viennent à ma rencontre. Va dire : ‘ L’époux s’est éveillé, sortant de la tombe. Apôtres, chassez la tristesse mortelle, car Il s’est levé, Celui qui offre aux hommes déchus la Résurrection ’ »
… Marie s’exclame : « Tout d’un coup mon deuil s’est changé en liesse, tout m’est devenu joie et allégresse. Je n’hésite pas à le dire : j’ai reçu la même gloire que Moïse (Ex 33,18s). J’ai vu, oui, j’ai vu, non sur la montagne, mais dans le sépulcre, voilé non par la nuée, mais par un corps, le maître des êtres incorporels et des nuées, leur maître hier, maintenant et à jamais. Il m’a dit : ‘Marie, hâte-toi ! Comme une colombe portant un rameau d’olivier, va annoncer la bonne nouvelle aux descendants de Noé (Gn 8,11). Dis-leur que la mort est détruite et qu’Il est ressuscité, Celui qui offre aux hommes déchus la Résurrection’ ».
Le christ est Ressuscité, alleluia !
La fête fut belle, certains de vous étaient présents, corps et cœur, les autres par le cœur, et tous au cœur du Buisson, mon cœur n’a oublié personne. Quel don que l’Amour !
Ce que j’aime et vous partage :
“Notre salut n’est pas une apparence, il n’est pas pour le corps seul, mais pour l’homme tout entier, âme et corps, et ce salut est venu du Verbe lui-même” (St Athanase d’Alexandrie)
“Le silence d’un homme devenu libre est lui-même lumière. Le moindre mouvement de son cœur est comme une voix silencieuse et secrète qui chante l’invisible” (St Isaac le Syrien)
“Homme, pourquoi cherches-tu à comprendre comment tu as été fait et ne cherches-tu pas en vue de quoi tu es fait ?” (St Pierre Chrysologue)
Moniale Eliane du Saint Monastère du Buisson Ardent
Homélie pour la Sainte et Salutaire Pâque ; PG 46, 581 (trad. cf. coll. Icthus, vol. 10, p. 118 et Année en fêtes, Migne 2000, p. 342)
Le Jour Premier de la Vie Nouvelle
Voici une sage maxime : « Au jour du bonheur on oublie tous nos maux » (Si 11,25). Aujourd’hui est oubliée la première sentence portée contre nous – mieux, non pas oubliée, mais annulée ! Ce jour a entièrement effacé tout souvenir de notre condamnation. Autrefois, l’enfantement se passait dans la douleur ; maintenant notre naissance est sans souffrance. Autrefois, nous n’étions que chair, nous naissions de la chair ; aujourd’hui ce qui naît est esprit né de l’Esprit. Hier, nous naissions simples enfants des hommes ; aujourd’hui, nous naissons enfants de Dieu. Hier, nous étions rejetés du ciel sur la terre ; aujourd’hui Celui qui règne dans les cieux fait de nous des citoyens du ciel. Hier, la mort régnait à cause du péché; aujourd’hui, grâce à la Vie, c’est la justice qui reprend le pouvoir.
Un seul homme nous a ouvert jadis les portes de la mort; aujourd’hui, un seul homme nous ramène à la vie. Hier, nous avons perdu la vie à cause de la mort ; mais aujourd’hui la Vie a détruit la mort. Hier, la honte nous faisait nous cacher sous le figuier ; aujourd’hui, la gloire nous attire vers l’arbre de vie. Hier, la désobéissance nous avait chassés du Paradis; aujourd’hui, notre foi nous y fait entrer. De nouveau, le fruit de la vie nous est offert afin que nous en jouissions autant que nous le voulons. De nouveau, la source du Paradis dont l’eau nous irrigue par les quatre fleuves des évangiles (cf Gn 2,10), vient rafraîchir la face entière de l’Église…
Que devons-nous faire dès lors, sinon imiter dans leurs bondissements joyeux les montagnes et les collines des prophéties : « Montagnes, sautez comme béliers ; collines, comme des agneaux ! » (Ps 113,4) Venez donc, crions de joie pour le Seigneur ! (Ps 94,1) Il a brisé la puissance de l’ennemi et dressé le grand trophée de la croix… Disons donc : « Grand est le Seigneur notre Dieu, un grand roi par toute la terre ! » (Ps 94,3;46,3) Il bénit l’année en la couronnant des ses bienfaits (Ps 64,12), et il nous rassemble en un choeur spirituel, en Jésus Christ notre Seigneur, à qui soit la gloire dans les siècles des siècles. Amin !
Le baiser de Judas
Commentaire sur l’Evangile de Saint Luc, 10, 89s (trad. cf SC 52, p. 186)
« Le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois fois »
Pierre a renié une première fois et n’a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l’avait pas regardé. Il a renié une seconde fois, et il n’a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l’avait pas encore regardé. Il a renié une troisième fois, Jésus l’a regardé, et il a pleuré, très amèrement (Lc 22,62). Regarde-nous, Seigneur Jésus, pour que nous sachions pleurer notre péché. Cela montre que même la chute des saints peut être utile. Le reniement de Pierre ne m’a pas fait tort ; au contraire, à son repentir, j’ai gagné : j’ai appris à me garder d’un entourage infidèle…
Pierre a donc pleuré, et très amèrement ; il a pleuré pour arriver à laver sa faute par des larmes. Vous aussi, si vous voulez obtenir le pardon, effacez votre faute par les larmes ; au moment même, sur l’heure, le Christ vous regarde. S’il vous survient quelque chute, lui, témoin présent à votre vie secrète, vous regarde pour vous rappeler et vous faire avouer votre erreur. Faites alors comme Pierre, qui dit ailleurs par trois fois : « Seigneur, tu sais que je t’aime » (Jn 21,15). Il a renié trois fois, trois fois aussi il confesse ; mais il a renié dans la nuit, et il confesse au grand jour.
Tout cela est écrit pour nous faire comprendre que personne ne doit se vanter. Si Pierre est tombé pour avoir dit : « Même si d’autres viennent à trébucher, moi je ne tomberai pas » (Mt 26,33), quel autre serait en droit de compter sur soi-même ?… D’où est-ce que je te rappellerai, Pierre, pour m’apprendre tes pensées quand tu pleurais ? Du ciel où tu as déjà pris place parmi les choeurs des anges, ou encore du tombeau ? Car la mort, d’où le Seigneur est ressuscité, ne te répugne pas à ton tour.
Enseigne-nous à quoi t’ont servi tes larmes. Mais tu l’as enseigné bien vite: car étant tombé avant de pleurer, tes larmes t’ont fait choisir pour conduire les autres, toi qui, d’abord, n’avais pas su te conduire toi-même.
Sermon sur le Saint Baptême (trad. coll. Icthus, t. 5 p. 138s rev.)
« Lazare, viens dehors ! » Couché dans la tombe, tu as entendu cet appel retentissant. Y a-t-il une voix plus grande que celle du Verbe ? Alors tu es sorti, toi qui étais mort, et pas seulement depuis quatre jours, mais depuis si longtemps. Tu es ressuscité avec le Christ…; tes bandelettes sont tombées. Ne retombe pas maintenant dans la mort ; ne rejoins pas ceux qui habitent les tombeaux ; ne te laisse pas étouffer par les bandelettes de tes péchés. Car pourrais-tu ressusciter une autre fois ? Pourrais-tu sortir de la mort d’ici la résurrection de tous, à la fin des temps ?…
Que l’appel du Seigneur résonne donc à tes oreilles ! Ne les ferme pas aujourd’hui à l’enseignement et aux conseils du Seigneur. Si tu étais aveugle et sans lumière en ton tombeau, ouvre les yeux pour ne pas sombrer dans le sommeil de la mort. Dans la lumière du Seigneur, contemple la lumière ; dans l’Esprit de Dieu, fixe les yeux sur le Fils. Si tu accueilles toute la Parole, tu concentres sur ton âme toute la puissance du Christ qui guérit et ressuscite… Ne crains pas de te donner du mal pour conserver la pureté de ton baptême et mets dans ton coeur les chemins qui montent vers le Seigneur. Conserve avec soin l’acte d’acquittement que tu as reçu par pure grâce…
Soyons lumière, comme les disciples l’ont appris de celui qui est la grande Lumière : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,14). Soyons des luminaires dans le monde en tenant bien haut la Parole de vie, en étant puissance de vie pour les autres. Partons à la recherche de Dieu, à la recherche de celui qui est la première et la plus pure lumière.
“A ce qu’il me semble, Dieu voulait mon repentir, Il ne veut pas la mort du pécheur, Il attend patiemment et accueille de grand cœur la conversion”. La conversion de Sainte Marie l’Egyptienne a pour cause première la volonté divine. Dieu agit avec elle comme Il a agi à l’égard de son peuple. Il a pour elle une patience qui est à la fois, pitié, fidélité, tendresse. Sa pitié à l’égard de Marie l’Egyptienne est une bienveillance gratuite: Il s’incline, consent, attend, se fait discret. Mais cette pitié s’accompagne de son irrévocable fidélité: jamais Dieu notre Père ne renonce à Son dessein de salut.
Discours ascétiques, 1ère série, n° 85 (trad. DDB 1981, p. 424)
De même que le désir de la lumière suit les yeux sains, de même le désir de la prière suit le jeûne mené avec discernement. Quand un homme commence à jeûner, il désire communier à Dieu dans les pensées de son esprit. En effet, le corps qui jeûne ne supporte pas de dormir toute la nuit sur sa couche. Quand le jeûne a scellé la bouche de l’homme, celui-ci médite en état de componction, son coeur prie, son visage est grave, les mauvaises pensées le quittent ; il est l’ennemi des convoitises et des vaines conversations. Jamais on n’a vu un homme jeûner avec discernement et être asservi au désir mauvais. Le jeûne mené avec discernement est une grande demeure abritant tout bien…
Car le jeûne est l’ordre qui a été donné dès le commencement à notre nature, pour la garder de manger le fruit de l’arbre (Gn 2,17), et c’est de là que vient ce qui nous trompe… C’est par là aussi que le Sauveur a commencé, quand il s’est révélé au monde dans le Jourdain. Après le baptême en effet, l’Esprit l’a mené dans le désert, où il a jeûné quarante jours et quarante nuits.
Tous ceux qui partent pour le suivre font désormais de même : c’est sur ce fondement qu’ils posent le commencement de leur combat, car cette arme a été forgée par Dieu… Et quand maintenant le diable voit cette arme dans la main d’un homme, cet adversaire et tyran se met à craindre. Il pense aussitôt à la défaite que lui a infligée le Sauveur dans le désert, il s’en souvient, et sa puissance est brisée. Il se consume dès qu’il voit l’arme que nous a donnée celui qui nous mène au combat. Quelle arme est plus puissante et ranime autant le coeur dans sa lutte contre les esprits du mal ?
L’Echelle sainte, ch. 28 (trad. Petite Philocalie, Seuil 1979, p. 91 rev)
« Prends pitié de moi pécheur »
Que votre prière soit toute simple ; une seule parole a suffi au publicain et à l’enfant prodigue pour obtenir le pardon de Dieu (Lc 15,21)… Point de recherche dans les paroles de votre prière ; que de fois les bégaiements simples et monotones des enfants fléchissent leur père ! Ne vous lancez donc pas dans de longs discours afin de ne pas dissiper votre esprit par la recherche des paroles. Une seule parole du publicain a ému la miséricorde de Dieu ; un seul mot plein de foi a sauvé le bon larron (Lc 23,42).
La prolixité dans la prière souvent emplit l’esprit d’images et le dissipe tandis que souvent une seule parole a pour effet de le recueillir. Vous sentez-vous consolé, saisi par une parole de la prière ? Arrêtez-vous-y, car c’est que notre ange alors prie avec nous. Pas trop d’assurance, même si vous avez obtenu la pureté, mais plutôt une grande humilité, et vous sentirez alors une plus grande confiance. Même si vous avez gravi l’échelle de la perfection, priez pour demander le pardon de vos péchés ; écoutez ce cri de saint Paul : « Je suis un pécheur, moi le premier » (1Tm 1,15)…
Si vous êtes revêtu de douceur et libre de toute colère, il ne vous en coûtera plus beaucoup pour libérer votre esprit de la captivité. Tant que nous n’aurons pas obtenu la prière véritable, nous ressemblerons à ceux qui apprennent aux enfants à faire leurs premiers pas. Travaillez à élever votre pensée ou mieux à la contenir dans les paroles de votre prière ; si la faiblesse de l’enfance la fait tomber, relevez-la. Car l’esprit est instable de nature mais Celui qui peut tout affermir peut fixer aussi l’esprit…
Le premier degré de la prière consiste donc à chasser par une parole simple les suggestions de l’esprit au moment même où elles se présentent. Le second, c’est de garder notre pensée uniquement à ce que nous disons et que nous pensons. Le troisième, c’est la saisie de l’âme dans le Seigneur.
Voici un entretien qui nous est proposé par le R.P. Michel (Philippenko) avec l’Archimandrite Placide (Deseille), fondateur des monastères de Saint Antoine le Grand (Vercors) et de la Protection de la Mère de Dieu à Solan (Gard), qui a été diffusé sur les ondes de la Radio Chrétienne en France - RCF. Pour l’écouter cliquez sur le lien…
Saint Grégoire Palamas: de la Déification de l’être humain, (Editions l’Age d’Homme p. 71)
L’amour de Dieu a été répandu dans les coeurs des croyants par l’Esprit Saint, écrit l’apôtre Paul. Et Basile le Grand rappelle que nul don n’est accordé dans la création sans l’intervention du Saint Esprit. Ce n’est point par nos pensées, mais par l’action de l’Esprit de Dieu en nous, enseigne aussi Palamas à ce sujet, que nous faisons acquisition de l’amour et des dons de l’Esprit. Celui-ci a parlé par les prophètes d’Israël; il a préparé l’arrivée du Christ; c’est par lui qu’a été achevée la forme finale la plus élevée de la révélation divine: l’incarnation du Verbe de Dieu, qui a divinisé la nature humaine. C’est par lui enfin que le Christ est revenu dans l’Eglise après son Ascension, pour demeurer avec elle jusqu’à la fin des siècles.
L’Esprit Saint réside en l’Eglise, il ne parle point par lui-même, mais reçoit du Christ et communique aux hommes. L’Esprit de Dieu a établi sa demeure dans l’esprit de l’homme, et l’a constitué participant de la grâce du Seigneur: De même que l’éclat qui est dans les yeux, lorsqu’il est uni aux rayons du soleil, devient lumière par son activité, et voit ainsi les choses sensibles, de même l’intelligence devenue “un seul Esprit dans le Seigneur” voit alors clairement les choses spirituelles.
Hymne 51 (SC 283, p. 319s)
«Les Ninivites se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas»
Ouvre, Seigneur, ouvre-moi la porte de Ta miséricorde avant le temps de mon départ (Mt 25,11). Car il me faut m’en aller, aller à Toi et me justifier de tout ce que je dis en paroles, accomplis en actes et pense en mon coeur. «Même la rumeur des murmures n’échappe pas à Ton oreille» (Sg 1,10). David Te crie dans son psaume : «Mes reins sont à toi ; dans Ton livre tout est écrit» (Ps 138,13.16). En y lisant les caractères de mes mauvaises actions, grave-les sur Ta croix, car c’est en elle que je me glorifie (Ga 6,14) en Te criant : «Ouvre-moi»…
Notre esprit s’est endurci au point que, quand nous avons entendu parler des calamités d’autrui, nous ne nous sommes corrigés en rien (Lc 13,1s). «Il n’en est pas un qui comprenne, pas un qui cherche; nous sommes dévoyés, nous sommes pervertis» (Ps 13,2-3). Les Ninivites, autrefois, se sont repentis sur un seul appel du prophète. Mais nous autres, nous n’avons compris ni appel ni menace. Par ses larmes, Ézéchias a mis en fuite les Assyriens en suscitant contre eux la justice d’en haut (2R 19). Or voici que les Assyriens… nous ont emmenés en captivité, et nous n’avons pas pleuré ni crié : «Ouvre-nous».
Très haut Seigneur, juge de tous, n’attends pas de nous que nous changions de conduite ; Tu n’as pas besoin de nos bonnes actions, car chacun de nous se voue aux actions mauvaises par la pensée et par la volonté. Puisqu’il en est ainsi, Sauveur, gouverne nos jours selon Ta volonté, sans attendre notre conversion, car elle ne viendra peut-être pas.
Et même si elle vient pour un peu de temps, elle ne persiste pas jusqu’au bout. Comme la semence tombée parmi les pierres, comme l’herbe sur les toits, avant de lever elle se dessèche (Mc 4,5; Ps 128,6). Déploie donc tes miséricordes sur nous et sur tous ceux qui crient : «Ouvre-nous».
Les Sentences des Pères du désert (4e-5e siècles) Saint Macaire le Grand 11 (trad. Solesmes 1966, p. 217)
« Qui s’abaisse sera élevé »
Un jour, Abba Macaire revenait du marais à sa cellule en portant des feuilles de palmier. Sur le chemin le diable vint à sa rencontre avec une faux de moissonneur : il voulut l’en frapper, mais sans succès.
Le diable lui dit alors : «Macaire, je souffre bien des tourments à cause de toi, car je ne peux pas te vaincre. Pourtant, je fais tout ce que tu fais : tu jeûnes, et moi je ne mange jamais ; tu veilles, et moi je ne dors pas du tout. Il n’y a qu’un seul point sur lequel tu me bats».
« Lequel ? » demanda Macaire.
« C’est ton humilité qui m’empêche de te vaincre »
Homélie sur le mystère de l’Incarnation, 148 ; PL 52, 596 (trad. bréviaire rev.)
Le Christ guérit la paralysie de nos membres et de nos coeurs
L’incarnation du Christ n’est pas normale, c’est miraculeux ; ce n’est pas conforme à la raison, mais à la puissance divine ; cela vient du Créateur, non de la nature; ce n’est pas commun, c’est unique; c’est divin, non pas humain. Elle ne s’est pas faite par nécessité, mais par puissance… Elle a été mystère de foi, renouvellement et salut pour l’homme. Celui qui, sans être né, a formé l’homme avec de la glaise intacte (Gn 2,7), en naissant a fait un homme à partir d’un corps intact; la main qui a daigné saisir de l’argile pour nous créer a daigné saisir aussi notre chair pour nous recréer…
Homme, pourquoi te méprises-tu tellement, alors que tu es si précieux pour Dieu? Pourquoi, lorsque Dieu t’honore ainsi, te déshonores-tu à ce point? Pourquoi cherches-tu comment tu as été fait et ne recherches-tu pas en vue de quoi tu es fait? Est-ce que toute cette demeure du monde que tu vois n’a pas été faite pour toi?
Le Christ prend chair pour rendre toute son intégrité à la nature corrompue; il assume la condition d’enfant, il accepte d’être nourri, il traverse des âges successifs afin de restaurer l’âge unique, parfait et durable qu’il avait lui-même créé. Il porte l’homme, pour que l’homme ne puisse plus tomber. Celui qu’il avait créé terrestre, il le rend céleste; celui qui était animé par un esprit humain, il lui donne la vie d’un esprit divin. Et c’est ainsi qu’il l’élève tout entier jusqu’à Dieu, afin de ne rien laisser en lui de ce qui appartient au péché, à la mort, au labeur, à la douleur, à la terre. Voilà ce que nous apporte notre Seigneur Jésus Christ qui, étant Dieu, vit et règne avec le Père, dans l’unité du Saint Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.
Homélie 4, 77s (trad. SC 44, p. 95)
«Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent»
De même que l’oeil sain et pur reçoit le rayon lumineux qui lui est envoyé, ainsi l’oeil de la foi, avec la pupille de la simplicité, reconnaît la voix de Dieu aussitôt que l’homme l’entend. La lumière émanant de sa parole se lève en lui, il se lance joyeusement au devant d’elle et il la reçoit, comme l’a dit notre Seigneur dans son Évangile : «Mes brebis entendent ma voix et elles me suivent» (Jn 10,27)…
C’est avec cette pureté et cette simplicité que les apôtres ont suivi la parole du Christ. Le monde n’a pas pu les empêcher, ni les habitudes humaines les retenir, ni aucun des biens qui passent pour être quelque chose dans le monde les entraver. Ces âmes avaient senti Dieu et vivaient de la foi, et chez de telles âmes, rien dans le monde ne peut l’emporter sur la parole de Dieu. Celle-ci est faible dans les âmes mortes ; c’est parce que l’âme est morte que, de puissante, la Parole devient faible et que l’enseignement de Dieu, de valide, devient sans force chez elles. Car toute l’activité de l’homme se porte là où il vit ; celui qui vit pour le monde met au service du monde ses pensées et ses sens, tandis que celui qui vit pour Dieu se tourne vers ses commandements puissants dans toutes ses actions. Tous ceux qui ont été appelés ont obéi sur-le-champ à la voix qui les appelait lorsque le poids de l’amour des choses terrestres n’était pas suspendu à leur âme. Car les liens du monde sont un poids pour l’intelligence et les pensées, et ceux qui en sont liés et entravés entendent difficilement la voix de Dieu qui les appelle.
Mais les apôtres et, avant eux, les justes et les pères n’étaient pas ainsi ; ils ont obéi comme des vivants, et ils sont sortis légers, parce que rien du monde ne les liait de son poids. Rien ne peut lier et entraver l’âme qui sent Dieu ; elle est ouverte et prête, en sorte que la lumière de la voix divine la trouve en état de la recevoir chaque fois qu’elle vient.
La Vie en Christ, II, 75s (trad. cf SC 355, p. 203)
Il y a pour nous deux façons de connaître les objets : la connaissance que l’on peut recevoir par ouï-dire, et puis celle que l’on peut acquérir par soi-même.
Par la première, nous n’atteignons pas l’objet lui-même, mais nous le percevons par les mots, comme en une image…; au contraire, faire l’expérience des objets, c’est les rencontrer eux-mêmes. Dans la seconde sorte de connaissance, la forme de l’objet saisit l’âme et éveille le désir comme une trace à la mesure de sa beauté…
De même, lorsque notre amour pour le Sauveur ne produit rien de nouveau ni d’extraordinaire, il est évident que nous n’avons eu affaire qu’à des paroles entendues à son sujet. Comment par ouï-dire pourrions-nous connaître comme il le mérite celui à qui rien ne ressemble…, celui à qui rien ne peut être comparé et qui ne peut être comparé à rien ? Comment pourrions-nous connaître sa beauté et l’aimer à la mesure de sa beauté ?
Mais quand des hommes éprouvent un vif désir de l’aimer, une envie de faire pour lui des choses qui surpassent la nature humaine, alors c’est l’Epoux lui-même qui les a blessés. Il a ouvert leurs yeux à sa beauté. La profondeur de la blessure témoigne que la flèche a frappé juste ; l’ardeur de leur désir révèle qui les a blessés. Voilà comment la nouvelle Alliance est différente de l’Ancienne : jadis c’était une parole qui éduquait les hommes ; aujourd’hui c’est le Christ présent en personne qui, d’une manière indicible, prépare et modèle les âmes des hommes.
Si l’enseignement de la Loi avait suffi pour mener l’homme à sa fin, les actes aussi extraordinaires qu’un Dieu devenu homme, crucifié et qui meurt n’auraient pas été nécessaires. Cela est vrai aussi des apôtres, nos pères dans la foi. Ils avaient entendu l’enseignement du Sauveur, les paroles de sa bouche ; ils avaient vu ses miracles et tout ce qu’il avait supporté pour les hommes, l’avaient vu mourir, ressusciter et regagner le ciel. Tout cela, ils le savaient, mais ils n’ont rien montré de nouveau, de généreux, de vraiment spirituel, jusqu’à ce qu’ils soient baptisés dans l’Esprit Saint…
Alors seulement, le vrai désir du Christ a été allumé en eux et par eux dans les autres.
La Pénitence, I, 1 (trad. SC 179, p.53 rev.)
La modération est sans doute la plus belle des vertus… De ce fait, celui qui s’applique à corriger les défauts de la faiblesse humaine doit supporter et en quelque sorte peser cette faiblesse sur ses propres épaules, et non pas la rejeter. Car on lit que le berger de l’Evangile a porté la brebis fatiguée, non qu’il l’a rejetée (Lc 15,5)…
La modération, en effet, doit tempérer la justice. Autrement, comment quelqu’un pour qui tu montres du dégoût — quelqu’un qui penserait être pour son médecin un objet de mépris et non de compassion — comment pourrait-il venir vers toi pour être soigné ?
C’est pourquoi le Seigneur Jésus a fait preuve de compassion envers nous. Son désir était de nous appeler à lui, et pas de nous faire fuir en nous effrayant. La douceur marque sa venue ; sa venue est marquée par l’humilité. Il a dit d’ailleurs: “Venez à moi, vous tous qui peinez, et je vous réconforterai”. Ainsi donc, le Seigneur Jésus réconforte, il n’exclut pas, il ne rejette pas. Et c’est à bon droit qu’il a choisi pour disciples des hommes qui, en fidèles interprètes de la volonté du Seigneur, rassembleraient le peuple de Dieu, au lieu de le repousser.
Homélies sur Josué, n° 5 (trad. SC 71, p. 166)
“La vraie violence qui s’empare du Royaume des cieux”
Josué a traversé le Jourdain pour attaquer la ville de Jéricho. Mais Saint Paul enseigne : «Nous ne luttons pas contre des hommes, mais contre les forces invisibles, les puissances des ténèbres qui dominent le monde, les esprits du mal qui sont au-dessus de nous» (Ep 6,12)… [Il dit ailleurs au sujet des récits historiques]: «Ces évènements servaient d’exemple ; ils ont été écrits pour notre instruction, à nous qui voyons arriver la fin des temps» (1Co 10,11).
Si donc ces choses ont été écrites pour notre instruction, eh bien ! pourquoi tardes-tu ? Comme Josué, partons pour la guerre, prenons d’assaut la plus vaste cité de ce monde, c’est-à-dire la méchanceté, et détruisons les murailles orgueilleuses du péché.
Regarderais-tu alentour quel chemin il faut prendre, quel champ de bataille il faut choisir ? Tu vas trouver, sans doute, mes paroles étonnantes, elles sont pourtant vraies : limite tes recherches à toi seul. En toi est le combat que tu vas livrer, à l’intérieur de toi l’édifice du mal et du péché qu’il faut abattre ; ton ennemi sort du fond de ton coeur. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le Christ ; écoute-le : «C’est du coeur que viennent les pensées mauvaises, meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages, diffamations» (Mt 15,19). Réalises-tu la puissance de cette armée ennemie qui s’avance contre toi du fond de ton coeur ? Voilà nos vrais ennemis.















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