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Hymne 40 (trad. SC 128, p. 397s rev.)

Marie Madeleine, envoyée annoncer la Résurrection

Celui qui sonde les coeurs et les reins (Ps 7,10), sachant que Marie reconnaîtrait sa voix, appelait son agneau en vrai pasteur (Jn 10,4) disant: « Marie ! » Elle dit aussitôt : « Oui, c’est bien mon bon pasteur qui m’appelle pour me compter désormais avec les quatre-vingt-dix-neuf brebis (Lc 15,4). Je vois derrière lui des légions de saints, des armées de justes… Je sais bien qui il est, celui qui m’appelle ; je l’avais dit, c’est mon Seigneur, c’est celui qui offre aux hommes déchus la Résurrection ». Emportée par la ferveur de l’amour, la jeune femme voulut saisir celui qui remplit toute la création… Mais le Créateur…l’éleva vers le monde divin en disant : « Ne me touche pas ; me prendrais-tu seulement pour un mortel ? Je suis Dieu, ne me touche pas… Lève là-haut tes yeux et regarde le monde céleste ; c’est là que tu dois me chercher. Car Je monte vers mon Père, que Je n’ai pas quitté. J’ai toujours été en même temps que Lui, Je partage son trône, Je reçois le même honneur, moi qui offre aux hommes déchus la Résurrection. « Que ta langue désormais proclame ces choses et les explique aux fils du Royaume qui attendent que je m’éveille, moi, le Vivant. Va vite, Marie, rassemble Mes disciples. J’ai en toi une trompette à la voix puissante ; sonne un chant de paix aux oreilles craintives de mes amis cachés, éveille-les tous comme d’un sommeil, afin qu’ils viennent à ma rencontre. Va dire : ‘ L’époux s’est éveillé, sortant de la tombe. Apôtres, chassez la tristesse mortelle, car Il s’est levé, Celui qui offre aux hommes déchus la Résurrection ’ »

… Marie s’exclame : « Tout d’un coup mon deuil s’est changé en liesse, tout m’est devenu joie et allégresse. Je n’hésite pas à le dire : j’ai reçu la même gloire que Moïse (Ex 33,18s). J’ai vu, oui, j’ai vu, non sur la montagne, mais dans le sépulcre, voilé non par la nuée, mais par un corps, le maître des êtres incorporels et des nuées, leur maître hier, maintenant et à jamais. Il m’a dit : ‘Marie, hâte-toi ! Comme une colombe portant un rameau d’olivier, va annoncer la bonne nouvelle aux descendants de Noé (Gn 8,11). Dis-leur que la mort est détruite et qu’Il est ressuscité, Celui qui offre aux hommes déchus la Résurrection’ ».

Le christ est Ressuscité, alleluia !

La fête fut belle, certains de vous étaient présents, corps et cœur, les autres par le cœur, et tous au cœur du Buisson, mon cœur n’a oublié personne. Quel don que l’Amour !

Ce que j’aime et vous partage :

“Notre salut n’est pas une apparence, il n’est pas pour le corps seul, mais pour l’homme tout entier, âme et corps, et ce salut est venu du Verbe lui-même” (St Athanase d’Alexandrie)

“Le silence d’un homme devenu libre est lui-même lumière. Le moindre mouvement de son cœur est comme une voix silencieuse et secrète qui chante l’invisible” (St Isaac le Syrien)

“Homme, pourquoi cherches-tu à comprendre comment tu as été fait et ne cherches-tu pas en vue de quoi tu es fait ?” (St Pierre Chrysologue)

Moniale Eliane du Saint Monastère du Buisson Ardent

Le baiser de Judas

Commentaire sur l’Evangile de Saint Luc, 10, 89s (trad. cf SC 52, p. 186)

« Le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois fois »

Pierre a renié une première fois et n’a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l’avait pas regardé. Il a renié une seconde fois, et il n’a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l’avait pas encore regardé. Il a renié une troisième fois, Jésus l’a regardé, et il a pleuré, très amèrement (Lc 22,62). Regarde-nous, Seigneur Jésus, pour que nous sachions pleurer notre péché. Cela montre que même la chute des saints peut être utile. Le reniement de Pierre ne m’a pas fait tort ; au contraire, à son repentir, j’ai gagné : j’ai appris à me garder d’un entourage infidèle…

Pierre a donc pleuré, et très amèrement ; il a pleuré pour arriver à laver sa faute par des larmes. Vous aussi, si vous voulez obtenir le pardon, effacez votre faute par les larmes ; au moment même, sur l’heure, le Christ vous regarde. S’il vous survient quelque chute, lui, témoin présent à votre vie secrète, vous regarde pour vous rappeler et vous faire avouer votre erreur. Faites alors comme Pierre, qui dit ailleurs par trois fois : « Seigneur, tu sais que je t’aime » (Jn 21,15). Il a renié trois fois, trois fois aussi il confesse ; mais il a renié dans la nuit, et il confesse au grand jour.

Tout cela est écrit pour nous faire comprendre que personne ne doit se vanter. Si Pierre est tombé pour avoir dit : « Même si d’autres viennent à trébucher, moi je ne tomberai pas » (Mt 26,33), quel autre serait en droit de compter sur soi-même ?… D’où est-ce que je te rappellerai, Pierre, pour m’apprendre tes pensées quand tu pleurais ? Du ciel où tu as déjà pris place parmi les choeurs des anges, ou encore du tombeau ? Car la mort, d’où le Seigneur est ressuscité, ne te répugne pas à ton tour.

Enseigne-nous à quoi t’ont servi tes larmes. Mais tu l’as enseigné bien vite: car étant tombé avant de pleurer, tes larmes t’ont fait choisir pour conduire les autres, toi qui, d’abord, n’avais pas su te conduire toi-même.

“A ce qu’il me semble, Dieu voulait mon repentir, Il ne veut pas la mort du pécheur, Il attend patiemment et accueille de grand cœur la conversion”. La conversion de Sainte Marie l’Egyptienne a pour cause première la volonté divine. Dieu agit avec elle comme Il a agi à l’égard de son peuple. Il a pour elle une patience qui est à la fois, pitié, fidélité, tendresse. Sa pitié à l’égard de Marie l’Egyptienne est une bienveillance gratuite: Il s’incline, consent, attend, se fait discret. Mais cette pitié s’accompagne de son irrévocable fidélité: jamais Dieu notre Père ne renonce à Son dessein de salut.

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Discours ascétiques, 1ère série, n° 85 (trad. DDB 1981, p. 424)

De même que le désir de la lumière suit les yeux sains, de même le désir de la prière suit le jeûne mené avec discernement. Quand un homme commence à jeûner, il désire communier à Dieu dans les pensées de son esprit. En effet, le corps qui jeûne ne supporte pas de dormir toute la nuit sur sa couche. Quand le jeûne a scellé la bouche de l’homme, celui-ci médite en état de componction, son coeur prie, son visage est grave, les mauvaises pensées le quittent ; il est l’ennemi des convoitises et des vaines conversations. Jamais on n’a vu un homme jeûner avec discernement et être asservi au désir mauvais. Le jeûne mené avec discernement est une grande demeure abritant tout bien…

Car le jeûne est l’ordre qui a été donné dès le commencement à notre nature, pour la garder de manger le fruit de l’arbre (Gn 2,17), et c’est de là que vient ce qui nous trompe… C’est par là aussi que le Sauveur a commencé, quand il s’est révélé au monde dans le Jourdain. Après le baptême en effet, l’Esprit l’a mené dans le désert, où il a jeûné quarante jours et quarante nuits.

Tous ceux qui partent pour le suivre font désormais de même : c’est sur ce fondement qu’ils posent le commencement de leur combat, car cette arme a été forgée par Dieu… Et quand maintenant le diable voit cette arme dans la main d’un homme, cet adversaire et tyran se met à craindre. Il pense aussitôt à la défaite que lui a infligée le Sauveur dans le désert, il s’en souvient, et sa puissance est brisée. Il se consume dès qu’il voit l’arme que nous a donnée celui qui nous mène au combat. Quelle arme est plus puissante et ranime autant le coeur dans sa lutte contre les esprits du mal ?

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L’Echelle sainte, ch. 28 (trad. Petite Philocalie, Seuil 1979, p. 91 rev)

« Prends pitié de moi pécheur »

 Que votre prière soit toute simple ; une seule parole a suffi au publicain et à l’enfant prodigue pour obtenir le pardon de Dieu (Lc 15,21)… Point de recherche dans les paroles de votre prière ; que de fois les bégaiements simples et monotones des enfants fléchissent leur père ! Ne vous lancez donc pas dans de longs discours afin de ne pas dissiper votre esprit par la recherche des paroles. Une seule parole du publicain a ému la miséricorde de Dieu ; un seul mot plein de foi a sauvé le bon larron (Lc 23,42).

La prolixité dans la prière souvent emplit l’esprit d’images et le dissipe tandis que souvent une seule parole a pour effet de le recueillir. Vous sentez-vous consolé, saisi par une parole de la prière ? Arrêtez-vous-y, car c’est que notre ange alors prie avec nous. Pas trop d’assurance, même si vous avez obtenu la pureté, mais plutôt une grande humilité, et vous sentirez alors une plus grande confiance. Même si vous avez gravi l’échelle de la perfection, priez pour demander le pardon de vos péchés ; écoutez ce cri de saint Paul : « Je suis un pécheur, moi le premier » (1Tm 1,15)…

Si vous êtes revêtu de douceur et libre de toute colère, il ne vous en coûtera plus beaucoup pour libérer votre esprit de la captivité. Tant que nous n’aurons pas obtenu la prière véritable, nous ressemblerons à ceux qui apprennent aux enfants à faire leurs premiers pas. Travaillez à élever votre pensée ou mieux à la contenir dans les paroles de votre prière ; si la faiblesse de l’enfance la fait tomber, relevez-la. Car l’esprit est instable de nature mais Celui qui peut tout affermir peut fixer aussi l’esprit…

Le premier degré de la prière consiste donc à chasser par une parole simple les suggestions de l’esprit au moment même où elles se présentent. Le second, c’est de garder notre pensée uniquement à ce que nous disons et que nous pensons. Le troisième, c’est la saisie de l’âme dans le Seigneur.

Saint Grégoire Palamas: de la Déification de l’être humain, (Editions l’Age d’Homme p. 71)

L’amour de Dieu a été répandu dans les coeurs des croyants par l’Esprit Saint, écrit l’apôtre Paul. Et Basile le Grand rappelle que nul don n’est accordé dans la création sans l’intervention du Saint Esprit. Ce n’est point par nos pensées, mais par l’action de l’Esprit de Dieu en nous, enseigne aussi Palamas à ce sujet, que nous faisons acquisition de l’amour et des dons de l’Esprit. Celui-ci a parlé par les prophètes d’Israël; il a préparé l’arrivée du Christ; c’est par lui qu’a été achevée la forme finale la plus élevée de la révélation divine: l’incarnation du Verbe de Dieu, qui a divinisé la nature humaine. C’est par lui enfin que le Christ est revenu dans l’Eglise après son Ascension, pour demeurer avec elle jusqu’à la fin des siècles.

L’Esprit Saint réside en l’Eglise, il ne parle point par lui-même, mais reçoit du Christ et communique aux hommes. L’Esprit de Dieu a établi sa demeure dans l’esprit de l’homme, et l’a constitué participant de la grâce du Seigneur: De même que l’éclat qui est dans les yeux, lorsqu’il est uni aux rayons du soleil, devient lumière par son activité, et voit ainsi les choses sensibles, de même l’intelligence devenue “un seul Esprit dans le Seigneur” voit alors clairement les choses spirituelles.

Hymne 51 (SC 283, p. 319s)

«Les Ninivites se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas» 

Ouvre, Seigneur, ouvre-moi la porte de Ta miséricorde avant le temps de mon départ (Mt 25,11). Car il me faut m’en aller, aller à Toi et me justifier de tout ce que je dis en paroles, accomplis en actes et pense en mon coeur. «Même la rumeur des murmures n’échappe pas à Ton oreille» (Sg 1,10). David Te crie dans son psaume : «Mes reins sont à toi ; dans Ton livre tout est écrit» (Ps 138,13.16). En y lisant les caractères de mes mauvaises actions, grave-les sur Ta croix, car c’est en elle que je me glorifie (Ga 6,14) en Te criant : «Ouvre-moi»…

Notre esprit s’est endurci au point que, quand nous avons entendu parler des calamités d’autrui, nous ne nous sommes corrigés en rien (Lc 13,1s). «Il n’en est pas un qui comprenne, pas un qui cherche; nous sommes dévoyés, nous sommes pervertis» (Ps 13,2-3). Les Ninivites, autrefois, se sont repentis sur un seul appel du prophète. Mais nous autres, nous n’avons compris ni appel ni menace. Par ses larmes, Ézéchias a mis en fuite les Assyriens en suscitant contre eux la justice d’en haut (2R 19). Or voici que les Assyriens… nous ont emmenés en captivité, et nous n’avons pas pleuré ni crié : «Ouvre-nous». 

Très haut Seigneur, juge de tous, n’attends pas de nous que nous changions de conduite ; Tu n’as pas besoin de nos bonnes actions, car chacun de nous se voue aux actions mauvaises par la pensée et par la volonté. Puisqu’il en est ainsi, Sauveur, gouverne nos jours selon Ta volonté, sans attendre notre conversion, car elle ne viendra peut-être pas.

Et même si elle vient pour un peu de temps, elle ne persiste pas jusqu’au bout. Comme la semence tombée parmi les pierres, comme l’herbe sur les toits, avant de lever elle se dessèche (Mc 4,5; Ps 128,6). Déploie donc tes miséricordes sur nous et sur tous ceux qui crient : «Ouvre-nous».

Les Sentences des Pères du désert (4e-5e siècles) Saint Macaire le Grand 11 (trad. Solesmes 1966, p. 217)

« Qui s’abaisse sera élevé »

Un jour, Abba Macaire revenait du marais à sa cellule en portant des feuilles de palmier. Sur le chemin le diable vint à sa rencontre avec une faux de moissonneur : il voulut l’en frapper, mais sans succès.

Le diable lui dit alors : «Macaire, je souffre bien des tourments à cause de toi, car je ne peux pas te vaincre. Pourtant, je fais tout ce que tu fais : tu jeûnes, et moi je ne mange jamais ; tu veilles, et moi je ne dors pas du tout. Il n’y a qu’un seul point sur lequel tu me bats».

« Lequel ? » demanda Macaire.

« C’est ton humilité qui m’empêche de te vaincre »

Homélie sur le mystère de l’Incarnation, 148 ; PL 52, 596 (trad. bréviaire rev.)

Le Christ guérit la paralysie de nos membres et de nos coeurs 

L’incarnation du Christ n’est pas normale, c’est miraculeux ; ce n’est pas conforme à la raison, mais à la puissance divine ; cela vient du Créateur, non de la nature; ce n’est pas commun, c’est unique; c’est divin, non pas humain. Elle ne s’est pas faite par nécessité, mais par puissance… Elle a été mystère de foi, renouvellement et salut pour l’homme. Celui qui, sans être né, a formé l’homme avec de la glaise intacte (Gn 2,7), en naissant a fait un homme à partir d’un corps intact; la main qui a daigné saisir de l’argile pour nous créer a daigné saisir aussi notre chair pour nous recréer… 

Homme, pourquoi te méprises-tu tellement, alors que tu es si précieux pour Dieu? Pourquoi, lorsque Dieu t’honore ainsi, te déshonores-tu à ce point? Pourquoi cherches-tu comment tu as été fait et ne recherches-tu pas en vue de quoi tu es fait? Est-ce que toute cette demeure du monde que tu vois n’a pas été faite pour toi?

Le Christ prend chair pour rendre toute son intégrité à la nature corrompue; il assume la condition d’enfant, il accepte d’être nourri, il traverse des âges successifs afin de restaurer l’âge unique, parfait et durable qu’il avait lui-même créé. Il porte l’homme, pour que l’homme ne puisse plus tomber. Celui qu’il avait créé terrestre, il le rend céleste; celui qui était animé par un esprit humain, il lui donne la vie d’un esprit divin. Et c’est ainsi qu’il l’élève tout entier jusqu’à Dieu, afin de ne rien laisser en lui de ce qui appartient au péché, à la mort, au labeur, à la douleur, à la terre. Voilà ce que nous apporte notre Seigneur Jésus Christ qui, étant Dieu, vit et règne avec le Père, dans l’unité du Saint Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.

Homélie 4, 77s (trad. SC 44, p. 95)

«Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent»

De même que l’oeil sain et pur reçoit le rayon lumineux qui lui est envoyé, ainsi l’oeil de la foi, avec la pupille de la simplicité, reconnaît la voix de Dieu aussitôt que l’homme l’entend. La lumière émanant de sa parole se lève en lui, il se lance joyeusement au devant d’elle et il la reçoit, comme l’a dit notre Seigneur dans son Évangile : «Mes brebis entendent ma voix et elles me suivent» (Jn 10,27)…

C’est avec cette pureté et cette simplicité que les apôtres ont suivi la parole du Christ. Le monde n’a pas pu les empêcher, ni les habitudes humaines les retenir, ni aucun des biens qui passent pour être quelque chose dans le monde les entraver. Ces âmes avaient senti Dieu et vivaient de la foi, et chez de telles âmes, rien dans le monde ne peut l’emporter sur la parole de Dieu. Celle-ci est faible dans les âmes mortes ; c’est parce que l’âme est morte que, de puissante, la Parole devient faible et que l’enseignement de Dieu, de valide, devient sans force chez elles. Car toute l’activité de l’homme se porte là où il vit ; celui qui vit pour le monde met au service du monde ses pensées et ses sens, tandis que celui qui vit pour Dieu se tourne vers ses commandements puissants dans toutes ses actions. Tous ceux qui ont été appelés ont obéi sur-le-champ à la voix qui les appelait lorsque le poids de l’amour des choses terrestres n’était pas suspendu à leur âme. Car les liens du monde sont un poids pour l’intelligence et les pensées, et ceux qui en sont liés et entravés entendent difficilement la voix de Dieu qui les appelle.

Mais les apôtres et, avant eux, les justes et les pères n’étaient pas ainsi ; ils ont obéi comme des vivants, et ils sont sortis légers, parce que rien du monde ne les liait de son poids. Rien ne peut lier et entraver l’âme qui sent Dieu ; elle est ouverte et prête, en sorte que la lumière de la voix divine la trouve en état de la recevoir chaque fois qu’elle vient.

La Vie en Christ, II, 75s (trad. cf SC 355, p. 203)

Il y a pour nous deux façons de connaître les objets : la connaissance que l’on peut recevoir par ouï-dire, et puis celle que l’on peut acquérir par soi-même.

Par la première, nous n’atteignons pas l’objet lui-même, mais nous le percevons par les mots, comme en une image…; au contraire, faire l’expérience des objets, c’est les rencontrer eux-mêmes. Dans la seconde sorte de connaissance, la forme de l’objet saisit l’âme et éveille le désir comme une trace à la mesure de sa beauté…

De même, lorsque notre amour pour le Sauveur ne produit rien de nouveau ni d’extraordinaire, il est évident que nous n’avons eu affaire qu’à des paroles entendues à son sujet. Comment par ouï-dire pourrions-nous connaître comme il le mérite celui à qui rien ne ressemble…, celui à qui rien ne peut être comparé et qui ne peut être comparé à rien ? Comment pourrions-nous connaître sa beauté et l’aimer à la mesure de sa beauté ?

Mais quand des hommes éprouvent un vif désir de l’aimer, une envie de faire pour lui des choses qui surpassent la nature humaine, alors c’est l’Epoux lui-même qui les a blessés. Il a ouvert leurs yeux à sa beauté. La profondeur de la blessure témoigne que la flèche a frappé juste ; l’ardeur de leur désir révèle qui les a blessés. Voilà comment la nouvelle Alliance est différente de l’Ancienne : jadis c’était une parole qui éduquait les hommes ; aujourd’hui c’est le Christ présent en personne qui, d’une manière indicible, prépare et modèle les âmes des hommes.

Si l’enseignement de la Loi avait suffi pour mener l’homme à sa fin, les actes aussi extraordinaires qu’un Dieu devenu homme, crucifié et qui meurt n’auraient pas été nécessaires. Cela est vrai aussi des apôtres, nos pères dans la foi. Ils avaient entendu l’enseignement du Sauveur, les paroles de sa bouche ; ils avaient vu ses miracles et tout ce qu’il avait supporté pour les hommes, l’avaient vu mourir, ressusciter et regagner le ciel. Tout cela, ils le savaient, mais ils n’ont rien montré de nouveau, de généreux, de vraiment spirituel, jusqu’à ce qu’ils soient baptisés dans l’Esprit Saint…

Alors seulement, le vrai désir du Christ a été allumé en eux et par eux dans les autres.

Homélies sur Saint Jean, n° 19

«Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras désormais Céphas, c’est-à-dire Pierre»… Voilà le nom que le Christ donne à Simon. Quant à Jacques et son frère, il les appellera «Fils du tonnerre» (Mc 3,17).

Pourquoi ces changements de nom ? Pour montrer que lui, Jésus, est le même que celui qui avait établi l’ancienne alliance, qui avait déjà changé le nom d’Abram en Abraham, celui de Saraï en Sara, et celui de Jacob en Israël (Gn 17,5s;32,29). Il avait aussi donné leur nom à plusieurs personnes au moment de leur naissance : Isaac, Samson, les enfants d’Isaïe et d’Osée… 

Aujourd’hui, nous avons un nom bien supérieur à tous les autres ; c’est le nom de «Chrétien» - le nom qui fait de nous enfants de Dieu, amis de Dieu, un même corps avec lui.

Y a-t-il un autre nom qui pourrait plus nous rendre ardents dans les vertus, nous remplir de zèle, nous pousser à faire le bien ? Gardons-nous bien de faire quoi que ce soit d’indigne de ce nom si grand et si beau, lié au nom de Jésus Christ lui-même. Ceux qui portent le nom d’un grand chef militaire ou d’un personnage illustre se considèrent honorés et font tout pour en rester dignes.

Combien plus, nous qui tirons notre nom non d’un général ou d’un prince de cette terre, ni même d’un ange, mais du roi des anges, combien plus devons-nous être prêts à tout perdre, même notre vie, pour l’honneur de ce saint nom ?

Contre les hérésies, III, 10-11 (trad. cf. SC 34) 

A propos de Jean le Baptiste, nous lisons chez Luc : « Il sera grand devant le Seigneur… il ramènera beaucoup des fils d’Israël au Seigneur leur Dieu. Il marchera devant lui avec l’esprit et la puissance d’Elie… afin de préparer pour le Seigneur un peuple bien disposé » (Lc 1,15-17).

Pour qui donc a-t-il préparé un peuple et devant quel Seigneur a-t-il été grand ?

Sans aucun doute devant celui qui a dit que Jean avait quelque chose de « plus qu’un prophète » et que « personne d’entre les enfants des femmes n’était plus grand que Jean le Baptiste » (Mt 11,9-11). Car Jean préparait un peuple en annonçant d’avance à ses compagnons de servitude la venue du Seigneur et en leur prêchant la pénitence, afin que, lorsque le Seigneur serait présent, ils soient en état de recevoir son pardon, qu’ils reviennent à celui dont ils s’étaient éloignés par leurs péchés et leurs transgressions… C’est pourquoi, en les ramenant à leur Seigneur, Jean préparait au Seigneur un peuple bien disposé, dans l’esprit et la puissance d’Elie…

Jean l’évangéliste nous dit : « Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière. Il n’était pas la Lumière, mais il venait pour lui rendre témoignage » (1,6-8). Ce précurseur, Jean le Baptiste, qui rendait témoignage à la lumière, a été envoyé sans aucun doute par le Dieu qui…avait promis par les prophètes d’envoyer son messager devant la face de son Fils pour lui préparer le chemin (Ml 3,1; Mc 1,2), c’est-à-dire pour rendre témoignage à la Lumière dans l’esprit et la puissance d’Élie… 

Précisément parce que Jean est un témoin, le Seigneur dit qu’il était plus qu’un prophète. Tous les autres prophètes ont annoncé la venue de la lumière du Père et ont désiré être jugés dignes de voir celui qu’ils prêchaient. Jean a prophétisé comme eux mais il l’a vu présent, il l’a montré et a persuadé beaucoup de croire en lui, si bien qu’il a tenu à la fois la place d’un prophète et celle d’un apôtre. Voilà pourquoi le Christ dit de lui qu’il était « plus qu’un prophète ».

La Pénitence, I, 1 (trad. SC 179, p.53 rev.)

La modération est sans doute la plus belle des vertus… De ce fait, celui qui s’applique à corriger les défauts de la faiblesse humaine doit supporter et en quelque sorte peser cette faiblesse sur ses propres épaules, et non pas la rejeter. Car on lit que le berger de l’Evangile a porté la brebis fatiguée, non qu’il l’a rejetée (Lc 15,5)…

La modération, en effet, doit tempérer la justice. Autrement, comment quelqu’un pour qui tu montres du dégoût — quelqu’un qui penserait être pour son médecin un objet de mépris et non de compassion — comment pourrait-il venir vers toi pour être soigné ?

C’est pourquoi le Seigneur Jésus a fait preuve de compassion envers nous. Son désir était de nous appeler à lui, et pas de nous faire fuir en nous effrayant. La douceur marque sa venue ; sa venue est marquée par l’humilité. Il a dit d’ailleurs: “Venez à moi, vous tous qui peinez, et je vous réconforterai”. Ainsi donc, le Seigneur Jésus réconforte, il n’exclut pas, il ne rejette pas. Et c’est à bon droit qu’il a choisi pour disciples des hommes qui, en fidèles interprètes de la volonté du Seigneur, rassembleraient le peuple de Dieu, au lieu de le repousser.

Patrologie: Autres Pères

Homélies sur Josué, n° 5 (trad. SC 71, p. 166) 

“La vraie violence qui s’empare du Royaume des cieux”

Josué a traversé le Jourdain pour attaquer la ville de Jéricho. Mais Saint Paul enseigne : «Nous ne luttons pas contre des hommes, mais contre les forces invisibles, les puissances des ténèbres qui dominent le monde, les esprits du mal qui sont au-dessus de nous» (Ep 6,12)… [Il dit ailleurs au sujet des récits historiques]: «Ces évènements servaient d’exemple ; ils ont été écrits pour notre instruction, à nous qui voyons arriver la fin des temps» (1Co 10,11).

Si donc ces choses ont été écrites pour notre instruction, eh bien ! pourquoi tardes-tu ? Comme Josué, partons pour la guerre, prenons d’assaut la plus vaste cité de ce monde, c’est-à-dire la méchanceté, et détruisons les murailles orgueilleuses du péché. 

Regarderais-tu alentour quel chemin il faut prendre, quel champ de bataille il faut choisir ? Tu vas trouver, sans doute, mes paroles étonnantes, elles sont pourtant vraies : limite tes recherches à toi seul. En toi est le combat que tu vas livrer, à l’intérieur de toi l’édifice du mal et du péché qu’il faut abattre ; ton ennemi sort du fond de ton coeur. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le Christ ; écoute-le : «C’est du coeur que viennent les pensées mauvaises, meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages, diffamations» (Mt 15,19). Réalises-tu la puissance de cette armée ennemie qui s’avance contre toi du fond de ton coeur ? Voilà nos vrais ennemis.

 

mai 2008
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