« Il a tracé une croix pour fixer les quatre points cardinaux ; il a agité le Souffle primitif, afin de produire les deux principes. Les ténèbres et le vide se transformèrent, et le ciel et la terre s’ouvrirent ; le soleil et la lune se murent, et les jours et les nuits existèrent. Il ouvra et parfit les dix mille êtres ; il réalisa et dressa le premier homme. Spécialement, il le doua d’une harmonie excellente ; il lui conféra l’hégémonie sur l’immensité des créatures. La nature de l’homme, dans son état primitif, était impassible et ne s’enflait pas ; son cœur, d’une candeur uniforme, était à l’origine sans appétits. Mais il advint que Satan usa d’imposture, et para d’ornements l’essence pure. Il intercala l’égalité de grandeur au milieu de ceci qui était bien ; il inséra l’identité mystérieuse à l’intérieur de cela qui fut mal. Les uns ont désigné des objets créés et les ont invoqués comme leurs Seigneurs ; d’autres ont fait le vide avec l’être et par là les ont anéantis tous deux ; d’autres ont adressé des prières et des sacrifices pour demander le bonheur ; d’autres ont fait parade de vertu pour en imposer à autrui. Leurs pensées s’agitaient ; leurs passions peinaient. Accablés de fatigue, ils n’obtenaient rien et, brûlés et tourmentés, ils se consumaient tour à tour ; dans l’accumulation des ténèbres, ils avaient perdu la route, et depuis longtemps s’éloignaient du retour excellent.

C’est alors que la personne divisée de notre Unité Trine, le Vénérable Radieux Messie, rentrant et voilant sa Majesté véritable, vint au monde semblable aux hommes. Un ange publia la bonne nouvelle, et une Vierge enfanta le Saint dans le Ta-ts’in (Da Qin, l’Orient méditerranéen) ; un astre radieux annonça l’heureux événement, et la Perse, ayant vu son éclat, vint offrir des présents. Le Messie accomplit la Loi ancienne (l’Ancien Testament) qui avait été formulée par les vingt-quatre saints pour gouverner les familles et les empires selon le grand modèle ; il établit la doctrine nouvelle, qui ne s’exprime pas en paroles, de l’Esprit Saint de l’Unité Trine, pour former à la pratique vertueuse selon la foi correcte.

Comme loi, ses disciples baptisent par l’eau et par l’Esprit qui, lavant les vains ornements, purifient dans la simplicité et la candeur ; comme sceau, ils tiennent la croix qui, joignant les quatre directions lumineuses, unit sans distinction. Par le bois qu’ils frappent, ils font retentir les sons de la charité et de la bienfaisance ; par le rite vers l’orient, ils se rendent à la route de la Vie et de la Gloire. Ils gardent la barbe, parce qu’ils agissent au-dehors ; ils rasent le sommet du crâne, parce qu’ils n’ont pas de passions intérieures. Ils n’entretiennent pas d’esclaves, ne distinguant pas chez autrui de classes nobles ou viles ; ils n’amassent pas de richesses, donnant pour eux-mêmes l’exemple du renoncement absolu. Leurs jeûnes se complètent par la retraite et la méditation ; leurs défenses s’affermissent par la tranquillité et la vigilance. A sept heures du jour, ils ont des hymnes rituelles, aidant grandement les vivants et les morts ; tous les sept jours, ils célèbrent un service, purifiant le cœur et lui rendant sa candeur. Cette doctrine véritable et éternelle, elle est transcendante, et ainsi difficile à nommer ; comme sa pratique méritoire est éclatante, nous la nommerons, en nous forçant, la Religion Radieuse. »

(Cf. le livre « Chrétiens d’Orient sur la route de la soie » ) texte du VII ou VIIIème siècle.

Moniale Eliane du Saint Monastère du Buisson Ardent

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