Nous mettons à votre disposition une traduction de l’entrevue réalisée à l’occasion du vingtième anniversaire de l’Université de Balamand, avec respectivement: Sa Béatitude le patriarche Ignace IV d’Antioche et de tout l’Orient et le Dr. Elie Salem président de l’Université. Entrevue publiée le 1er octobre par le quotidien libanais « alanwar » et dont le texte en langue arabe est joint en formet PDF: 20ème anniv de balamand alanwar-01.10.09

Voici dans ce qui suit la traduction en langue française, résultat d’une collaboration avec M. Mario Abinader:

« Vingt ans depuis la fondation de l’Université de Balamand

Le patriarche Hazim : Un rêve que j’ai eu et qui est désormais une réalité construite à l’image de Dieu et par la volonté des hommes qui aiment le bien et le progrès.

L’université de Balamand a vingt ans ! Et, question d’âge, cette institution relativement jeune, a déjà réalisé des avancées aussi spectaculaires que remarquables dans le domaine de l’enseignement universitaire au Liban, couvrant un champ toujours plus large de spécialités. Elle se montre ainsi garante des aspirations des jeunes, se faisant le nid de leurs rêves et visions d’avenir. Pour l’occasion, nous explique le patriarche Ignace IV d’Antioche et de tout l’Orient : « Ce rêve que nous caressons depuis fort longtemps est désormais une réalité établie sur la plus sublime des collines du Liban. Cette colline se dresse aux abords de la plaine verte de Koura, chargée d’oliviers : symbole de bien, de douceur et de paix ; Elle surplombe le littoral de la méditerranée, de Tartous [en Syrie] à Tripoli et sa sœur Al-Mina, jusqu’à Anfeh et Chekka sur le littoral Nord [du Liban].

L’université de Balamand, nous dit encore le patriarche Ignace IV,  n’est pas un ensemble de bâtiments, de locaux d’enseignement ou de pensionnats mais elle est avant tout une oasis de civilisations ouvrant les bras à tous, sans questionnement sur l’identité ou l’appartenance [religieuse]».

Le fondateur de l’université et président du conseil d’administration poursuit dans ces termes : « L’université n’est pas ouverte exclusivement aux orthodoxes mais elle l’est envers toutes les religions, les confessions et les communautés, car la connaissance n’a pas de religion et doit être à la portée de tous, sans distinction. Celui qui rejoint cette université apprend qu’il est considéré comme un frère, un membre à part entière de notre famille. Une famille fondée sur la foi en Dieu et sur les principes du bien qui régissent l’être humain et le poussent vers les sphères les plus hautes de la connaissance et de la civilisation. »

Le vingtième anniversaire de l’université de Balamand

A l’occasion de ce vingtième anniversaire, le patriarche nous raconte ce que personne d’autre ne peut mieux faire, étant donné que c’est lui qui a mûri le projet dans son esprit et l’a porté dans son cœur, avant qu’il ne devienne le rêve que caressent tous les natifs du Liban Nord. Ces derniers étaient contraints, et ce dès le début des événements [de la guerre au Liban], soit d’abandonner leurs études, soit de s’exiler à Beyrouth dans des circonstances difficiles et parfois tragiques, afin de rallier les universités qui se disloquaient et se réunissaient au gré des circonstances. Que ce soit l’université américaine à Beyrouth Ouest, comme il était coutume de dire dans le langage de la guerre, ou bien l’USJ, La sagesse ou encore l’université libanaise à Beyrouth dite Est ».

De par sa grande influence, et grâce à l’attachement des autorités chrétiennes et musulmanes de par le monde et leur travail assidu dans le soutien des établissements humanitaires et scientifiques, Ignace IV (Hazim) a su les attirer vers son grand projet. Chaque donateur a fondé une aile portant son nom, aboutissant en quelques années à la mise sur pied de la structure et à l’épanouissement en son sein de grandes facultés d’enseignement.

Le rôle d’Issam Farès :

« Aux petits pas manquait une grande initiative susceptible d’en déclencher beaucoup d’autres, tout comme s’égraine un chapelet dans la main d’un croyant en prière. Cette initiative a été l’œuvre de l’ancien vice-président du gouvernement libanais qui a engagé la construction du premier bâtiment. C’est ainsi qu’a vu le jour l’aile d’Issam Farès au cœur de l’enceinte universitaire. Dès lors, les ailes et les bâtiments se sont succédés, car cette initiative de bienfaisance a été l’instigatrice d’une ambition plus grande qui trace désormais son chemin, selon des pas tranquilles et sûrs, dans le domaine universitaire. »

Le bâtiment Issam Farès et l’espace spacieux qui le jouxte sont devenus le centre de conférence et des festivités de l’université de Balamand. D’autres mécènes lui ont emboîté le pas, permettant l’expansion et le développement de l’activité universitaire. Ont ainsi vu le jour : le bâtiment du président martyr Rafik Hariri, celui de Jeanne (Hanné) et Sélim Zakhem, ainsi qu’un bâtiment spécial qui porte le nom du patriarche Hazim. De même pour le bâtiment de M. Ossman el Aanidi et d’autres encore qui ont vu dans le rêve d’Ignace IV un projet au profit de tout le peuple libanais, et non seulement des orthodoxes. Ce rêve commun trône désormais sur les hauteurs d’une colline qui surplombe Tripoli et Kalamoun les musulmanes, Anfeh l’orthodoxe et Chekka la ville maronite et orthodoxe.

Que nous dit Sa Béatitude à l’occasion de ce vingtième anniversaire ?

« Dans le livret présentant l’université, il est spécifié qu’elle a été fondée il y a maintenant vingt ans et que de nos jours, nous voyons sous nos yeux l’université de Balamand comme une réalité concrète. En un laps de temps record et grâce aux efforts déployés lors de sa fondation, elle a pu rejoindre le cercle des grandes universités du Liban et de la région. Nous avons aujourd’hui une université dont on peut être fier, qui n’accueille pas uniquement des orthodoxes mais qui ouvre grands ses bras à tout un chacun sans discrimination sur l’identité ou l’appartenance [religieuse] ».

Une université du futur : Quelle évaluation le patriarche fait-il de l’université qu’il a fondée et dont il est si fier ?

Il nous répond : « Tout d’abord et avant tout, nous œuvrons pour le futur étant donné que [nous considérons que] Dieu [marche] devant nous et non derrière. Nous ne sommes pas de ceux qui étouffent dans les dédales du passé. Nos yeux demeurent constamment ouverts en attendant l’accomplissement de la Résurrection. Il est vrai que la mort nous attend au bout du chemin, mais il y a toujours une résurrection après la mort.

Je profite de l’occasion qui m’est donnée pour féliciter le président de l’université et son équipe pour toutes les réalisations accomplies dans un laps de temps couvrant deux décennies. »

Une oasis de vie commune :

Quant au président de l’université, le Dr Elie Salem, il déclare volontiers affectionner davantage son rôle actuel que celui qu’il tenait dans le domaine politique, dans les années 80, époque où il avait été nommé par l’ancien président de la république M. Amine Gemayel en tant que vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères du Liban. Il nous raconte que ses ambitions grandissent et se développent plus en ce temps qu’elles ne le faisaient à l’époque, période pourtant si critique de l’histoire du pays. Le Dr Salem a manifesté cet état d’esprit en organisant un « iftar » pour célébrer la vie en commun, au sein de cette université de vie commune, dressée sur une verte colline, chère au cœur des habitants du Koura et de ses environs.

Lorsqu’on demande au Dr Elie Salem s’il souhaite qu’on l’appelle par son titre « votre excellence », comme cela est d’usage pour tout vice-premier ministre, il nous répond avec perspicacité et modestie : « Je suis Elie Salem, un point c’est tout. Je suis fier de contribuer à la réalisation des ambitions des jeunes. Quant à mes ambitions personnelles, elles ne rentrent pas en ligne de compte puisqu’elles relèvent du domaine privé. L’université est ma référence, sa Béatitude est le porteur de mes espoirs de succès, par la grâce du Seigneur qui nous conduit à la bienfaisance et à la générosité  »

Le Dr Salem poursuit : «  Il est convenable et même de notre devoir, à l’occasion de ce vingtième anniversaire, d’adresser nos salutations à l’égard du fondateur et père spirituel de notre institution, sa Béatitude Ignace IV, car il a fallu son esprit visionnaire et son courage pour réussir à fonder une université alors que la guerre au Liban battait son plein. Son objectif déclaré était d’œuvrer à circonscrire la vague d’ignorance et d’extrémisme qui envahissait notre société à l’époque. Il est clair et évident que l’université a accompli des pas de géant et qu’elle se tient désormais sur des bases solides l’autorisant à considérer l’avenir avec sérénité. Elle est reconnue largement, à l’échelle régionale et internationale, comme l’une des quatre plus grandes universités privées du Liban. »

Le Dr Salem continue en soulignant : « Le rapport que j’ai transmis au conseil d’administration, à l’occasion du dixième anniversaire, note que le nombre d’étudiants  était de 1812 et il est actuellement passé à 3735.

En 1998, le nombre d’enseignants détenteurs d’un doctorat était de 28, ils sont désormais 110. L’enceinte universitaire était constituée d’une douzaine de bâtiments, elle en compte désormais 33. Nous espérons faire progresser ce nombre pour atteindre 38 bâtiments dans les cinq prochaines années. L’objectif de notre université reste  de préparer les générations futures, selon l’esprit insufflé par son fondateur, sur la base de la foi en Dieu, à la quête de la connaissance, à l’ouverture sur le prochain et au respect de la fonction qu’elles seront amenées à occuper. Nous attendons de nos diplômés qu’ils participent efficacement à la construction du Liban et à l’élaboration d’une civilisation dans la région, qui soit digne de l’histoire qui est la sienne, et qui réponde aux ambitions des citoyens.

Nous autres, à Balamand, croyons fermement que l’enseignement supérieur a une large vocation d’aide au développement pour la population. L’enseignement supérieur doit ouvrir des horizons, consolider le dialogue, rechercher l’évidence et développer le sens de la liberté et de la responsabilité. C’est comme cela que les faits avérés parviendront à disperser les mystifications, que pourra régner la bonne volonté et qu’elle triomphera du mal.

Nous sommes tout à fait conscients de la pénurie que connaît notre enseignement supérieur (en comparaison de la pléthore de moyens dont disposent les pays développés), et nous appelons à une remise en question sérieuse de cet état de fait. Quant à nous, à l’université de Balamand, nous considérons les vingt dernières années comme le théâtre concret de bien des envols et nous devons maintenant réfléchir à ce qui suit :

Poursuivre l’expansion de l’université de Balamand et perpétrer une atmosphère propice à l’épanouissement de tous, dans chaque salle d’étude, chaque bibliothèque, chaque laboratoire, chaque bureau, chaque pièce du campus. Faire cela dans le but d’attirer les meilleurs étudiants ainsi qu’un corps professoral de qualité susceptible de répondre aux besoins de notre programme académique »

Le Dr Salem conclut : « Ce que nous avons réalisé ces deux dernières décennies nous autorise à voir plus grand et à rêver de l’impossible… »


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