Lettre 58, 2-4 ; PL 22, 580-582 (trad. Orval)

Ce dont on doit se féliciter, ce n’est pas d’avoir été à Jérusalem, mais d’y avoir bien vécu. La cité qu’il faut chercher, ce n’est pas celle qui a tué les prophètes et versé le sang du Christ, mais celle qu’un fleuve impétueux met en liesse, celle qui, bâtie sur une montagne, ne peut pas être cachée, celle que l’apôtre Paul proclame la mère des saints et en laquelle il se réjouit de résider avec les justes (Ps 45,5; Mt 5,14; Ga 4,26)…

Je n’oserais pas limiter la toute-puissance de Dieu à une contrée ou confiner dans un petit coin de terre celui que le ciel ne peut contenir. Chaque croyant est apprécié au mérite de sa foi et non au lieu qu’il habite ; et les vrais adorateurs n’ont pas besoin de Jérusalem ou du mont Garizim pour adorer le Père, car « Dieu est esprit » et ses adorateurs doivent « l’adorer en esprit et en vérité » (Jn 4,21-23). Or « l’Esprit souffle où il veut » (Jn 3,8) et « la terre est au Seigneur, ainsi que tout ce qu’elle contient » (Ps 23,1)…

Les lieux saints de la croix et de la résurrection ne sont utiles qu’à ceux qui portent leur croix, ressuscitent avec le Christ chaque jour et se montrent dignes d’habiter en de tels endroits. Quant à ceux qui disent : « Temple du Seigneur, Temple du Seigneur, Temple du Seigneur » (Jr 7,4), qu’ils écoutent cette parole de l’apôtre : « C’est vous qui êtes le temple de Dieu, si l’Esprit Saint habite en vous » (1Co 3,16)…

Ne crois donc pas qu’il manque quelque chose à ta foi si tu n’as pas vu Jérusalem et ne me crois pas meilleur parce que j’habite en ce lieu. Mais ici ou ailleurs tu recevras égale récompense selon tes œuvres devant Dieu.

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