La Philocalie – Desclée de Brouwer / J. – C. Lattès, p. 595-596

9- Il faut donc mettre aussi en nous toute la connaissance des pensées passionnées par lesquelles s’accomplit tout péché. Toutes les pensées qui embrassent le mal sont au nombre de huit : la pensée de la gourmandise, celle de la prostitution, celle de l’amour de l’argent, celle de la colère, celle de la tristesse, celle de l’acédie, celle de vaine gloire et celle de l’orgueil. Que ces huit pensées nous troublent ou ne nous troublent pas fait partie des choses qui ne dépendent pas de nous. Mais qu’elles demeurent ou ne demeurent pas en nous, qu’elles suscitent les passions ou ne les suscitent pas, fait partie de ce qui est en notre pouvoir.

Une chose est la suggestion, et autre chose l’accord. Une chose est la lutte, et autre chose la passion et le consentement qui mène et assimile à l’acte. De même, une chose est l’accomplissement et autre chose la captivité. La suggestion est simplement ce que nous propose l’ennemi, par exemple : « Fais ceci, ou fais cela » comme ce qui a été demandé au Seigneur notre Dieu : « Dis à ces pierres de devenir des pains » (Mt. 4,3). Ceci, on l’a dit, ne dépend pas de nous.

L’accord est l’accueil de la pensée que l’ennemi nous a suggérée : par exemple, nous en occuper et nous entretenir avec lui dans le plaisir, malgré nous. La passion est l’habitude de l’accord, habitude qui nous vient de la suggestion mauvaise de l’ennemi et qui est comme une pratique et une imagination continuelles.

La lutte est la résistance  de la pensée pour enlever d’elle-même la passion, c’est-à-dire la pensée passionnée, ou pour y consentir, comme dit l’Apôtre : « La chair  désire contre l’esprit, et l’esprit contre la chair. Ils s’opposent l’un à l’autre » (Gal. 5,17).

La captivité est le déracinement violent et involontaire du cœur tyrannisé par la présomption et la mauvaise habitude. Le consentement est l’assentiment  à la passion de la pensée. L’accomplissement est l’acte même de la pensée passionnée à laquelle on a consenti.

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