La Philocalie–Desclée de Brouwer/J.–C. Lattès, p. 683-684

Misérable moine du nom de Théophane,
J’expose l’échelle des grâces divines
Que l’expérience a fait connaître à ceux qui portaient Dieu.

C’est d’abord une prière très pure.
D’elle vient dans le cœur une chaleur.
Après elle une énergie étrangère et sainte.
Puis les larmes divines du cœur.
Enfin la paix de toutes les sortes de pensées,
D’où naissent la purification de l’intelligence
Et la contemplation des mystères d’en haut.
C’est alors, d’indicible manière, un flamboiement étranger,
Que suivent l’ineffable illumination du cœur
Et, désormais, la perfection qui n’a pas de fin.

Chaque degré a donc une ampleur infinie,
Quand bien même il résulterait d’un seul vers.
Ainsi, en bas de l’échelle, le premier degré
Ne parle que de la prière pure.
Mais ce qu’il représente est immense
Et si nous voulions maintenant l’exposer
Nous allongerions notre discours.
Comprends, ami, qu’il en va de même pour tous les degrés :
Leur maître est l’expérience, non le discours.

L’échelle, l’autre voie, monte vers le ciel.
Les dix degrés sont l’autre vie donnée à l’âme.
Les dix degrés annoncent la vie de l’âme.
Un père qui portait Dieu dit quelque part ceci :
Celui qui ne s’efforce pas de posséder la vie ici-bas,
Qu’avec de vains espoirs de l’âme il ne se trompe pas
Lui-même  sur la manière dont il recevra la vie au-delà.

Les dix degrés sont la philosophie divine.
Les dix degrés sont le fruit de tous les livres.
Les dix degrés montrent la perfection.
Les dix degrés élèvent aux cieux.
Les dix degrés font connaître Dieu.

L’échelle apparaît si courte.
Mais si on la prend pour entrer par l’expérience au-dedans du cœur,
On trouvera une richesse que le monde ne peut contenir,
Une source divine qui répand l’autre vie.

Cette échelle est le meilleur maître.
Elle donne à chacun de connaître sagement ses propres mesures.
Voyant les dix échelons des grâces divines,
Si tu penses t’y tenir fermement,
Demandes-toi sur quel degrés tu te trouves
Pour le bien des négligents que nous sommes.
Si tu veux, par amour, t’instruire des ces degrés,
Ne t’inquiète d’aucune chose,
Ni de celles qui sont privées de raison,
Ni de celles qui paraissent raisonnables,
Car tu n’apprendras rien si tu ne cesses pas de t’inquiéter.
De telles grâces se connaissent par l’expérience, et non par le discours.

Je ne dis cela que pour te le rappeler.
C’est la parole des saints Pères qui portaient Dieu,
Même si elle est difficile à entendre :
Celui qui ne sera pas trouvé sur l’un de ces degrés
Ou ne sera pas en tous temps passé par eux,
A la fin et au moment de la mort
Aura en vérité grande crainte et tremblement
Et n’échappera pas à la peur sans mesure.

Mes vers sont parvenus au terrible,
Mais il est très utile qu’il en  soit ainsi.
Car vers le repentir et la conduite belle et bonne,
Les plus durs, dont je suis le premier,
S’élèvent moins par le bien
Que par le terrible que suscite la crainte.
Que celui qui à des oreilles entende.

Écoute et comprends, toi qui a écrit ces choses :
Comment as-tu osé les dire,
Homme qui n’as en toi absolument rien d’elles ?
Comment n’as tu pas tremblé de les enseigner ?
N’as-tu pas appris ce qui est arrivé à Ouzza ?
Qui voulut redresser l’arche de Dieu ?

Ne considère pas que je dis ces choses pour les enseigner,
Mais pour, en elles, m’incriminer moi-même
Quand je vois les récompenses de ceux qui combattent
Et combien de tout cela je ne porte aucun fruit.


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