Dialogue avec Triphon, 2-4,7-8 ; PG 6, 478-482,491 (trad. Orval)

Mon âme était impatiente d’apprendre ce qui est le propre et le principe de la philosophie… L’intelligence des choses incorporelles me captivait entièrement ; la contemplation des idées donnait des ailes à ma pensée. En peu de temps je me figurais devenu un sage et j’ai même été assez sot pour espérer voir Dieu tout de suite, car tel est le but de la philosophie de Platon. Dans cet état d’esprit,… je m’approchais d’un endroit isolé au bord de la mer où je comptais me trouver seul, lorsqu’un vieillard se mit à me suivre…

– Qu’est-ce qui t’a conduit ici ? dit-il. – J’aime ce genre de promenade…, c’est très favorable à la méditation philosophique… – La philosophie fait donc le bonheur ? demanda-t-il. – Certainement, répondis-je, et elle seule… – Qu’appelles-tu donc Dieu ? – Ce qui est toujours identique en soi et qui donne l’être à tout le reste, voilà Dieu.

– Comment les philosophes peuvent-ils se faire une idée juste de Dieu alors qu’ils ne le connaissent pas, ne l’ayant jamais vu ni entendu ? – Mais, répondis-je, la divinité n’est pas visible à nos yeux comme le sont les autres êtres ; elle n’est accessible qu’à la seule intelligence, comme dit Platon ; et je suis d’accord avec lui…

– Il y a eu, voici bien longtemps, dit le vieillard, des hommes plus anciens que tous ces prétendus philosophes, des hommes heureux, justes et amis de Dieu. Ils parlaient sous l’inspiration de l’Esprit de Dieu et prédisaient un avenir maintenant réalisé : on les appelle les prophètes. Eux seuls ont vu la vérité et l’ont annoncée aux hommes… Ceux qui les lisent peuvent, s’ils ont foi en eux, en tirer grand profit… Ils étaient les témoins fidèles de la vérité… Ils ont glorifié le créateur de l’univers, Dieu et Père, et ont annoncé celui qu’il a envoyé, le Christ son Fils… Et toi, avant tout prie pour que les portes de la lumière te soient ouvertes, car nul ne peut voir ni comprendre, si Dieu ou son Christ ne lui donne de comprendre…

Je ne l’ai plus revu. Mais, soudain, un feu s’est allumé dans mon âme; j’ai été pris d’amour pour les prophètes, pour ces hommes qui sont les amis du Christ. En réfléchissant aux paroles du vieillard, j’ai reconnu que c’était la seule philosophie sûre et profitable.

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