La Philocalie–Desclée de Brouwer/J.–C. Lattès, t.2 – p. 647-648

5. De même que l’eau coule d’une source inépuisable, de même l’eau de la vie, l’eau jaillissante (Jn  4,14), coule de l’âme. C’est cette eau qui habitait dans l’âme d’Ignace le Théophore et qui le portait à dire : « Il n’y a pas en moi de feu pour aimer la matière, mais une eau qui agit et qui parle (Ignace d’Antioche, Lettres, Aux Romains, VII, 2). »

6. Cette bienheureuse, ou plutôt trois fois heureuse sobriété, je veux dire la sobriété et la vigilance intellectuelles de l’âme, est semblable à une eau qui jaillit et qui coule de la profondeur du cœur. L’eau qui répand de la source emplit la source. Celle qui jaillit du cœur et est pour ainsi dire continuellement animée par l’Esprit, comble de rosée divine et d’Esprit l’homme intérieur et enflamme l’homme extérieur.

7. L’intelligence purifiée des choses du dehors, qui a totalement soumis les sens par la vertu active, demeure immobile comme l’axe du ciel. Elle contemple le centre : la profondeur du cœur. Elle dirige la tête et regarde au-delà. Ses rayons sont comme les éclairs lumineux de la réflexion qui tirent de la profondeur les pensées divines. Et elle soumet tous les sens du corps.

8. Que nul, s’il entend parler de choses auxquelles il n’a pas été initié ou s’il a encore besoin de lait (Cf. ICor. 3,2), ne touche à ces choses interdites, quand ce n’est pas le temps. Les divins Pères, lorsqu’ils voyaient de tels hommes rechercher avant le temps des choses qui ne viennent qu’en leur temps, et s’efforcer d’entrer dans le port de l’impassibilité sans en avoir les moyens, considéraient que c’était là un geste hors de sens, et rien de plus. Car il est impossible à celui qui ne connaît pas les lettres d’étudier dans un livre.

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