La Philocalie–Desclée de Brouwer/J.–C. Lattès, t.2 – p. 648

9. Ce que l’Esprit Saint met en mouvement dans l’âme, dès lors qu’elle combat, comble de sérénité le cœur qui crie : « Abba, Père ! » (Cf. Gal. 4,6). Ce mouvement lui-même n’a ni figure, ni forme. Mais il transfigure par la splendeur de la lumière divine, et il donne forme naturellement sous l’ardeur de l’Esprit de Dieu. Il nous change, il nous fait autres, comme seul, dans son pouvoir, Dieu le sait.

10. L’intelligence purifiée par la sobriété et la vigilance se couvre facilement de ténèbres, si par le souvenir continuel de Jésus elle ne se détourne pas totalement des choses du dehors. Mais celui qui a uni la pratique à la contemplation comme à la garde de l’intelligence, ne rejette pas les bruits. Qu’ils soient ou non un langage, il ne les écarte pas. L’âme blessée par le désir d’amour qu’elle lui porte, suit le Christ comme son bien-aimé.

11. Ceux qui vivent dans le monde parviendront peut-être à immobiliser les passions et les soulèvements de la chair, ou même à s’arrêter avec raison, comme dit l’Écriture : « Arrêtez, et connaissez (Ps. 45(46),11). Mais ils ne pourront jamais effacer les passions ou les faire disparaître. Seule la vie érémitique sait clairement les déraciner.

12. Quant à l’eau jaillissante, son mouvement est d’abord plus vif, puis il se fait calme et plus lent. Dans son premier mouvement, l’eau ne peut pas se troubler facilement, car elle va vite. Même si elle se trouble un peu, son mouvement est tel qu’il lui est aisé de se purifier aussitôt. Mais quand le courant de l’eau perd de sa force, quand il se fait plus lent, non seulement l’eau se trouble, mais elle demeure presque immobile. Il lui faut alors se purifier totalement, et retrouver pour ainsi dire le mouvement dans ce renouveau.

13. Dans les novices, en ceux qui vivent d’éthique et d’action, le démon entre par les bruits, que ces bruits soient ou non un langage. Mais en ceux qui abordent la contemplation, il suscite des imaginations : l’air leur semble se colorer comme sous l’effet de la lumière. Parfois même il avance ces imaginations comme un feu, afin de tromper, en l’engageant dans la voie contraire, celui qui combat pour le Christ.

14. Si tu veux apprendre comment il faut prier, considère qu’elle est la fin de l’attention et de la prière, et ne te trompe pas toi-même. Cette fin, bien-aimé, c’est la componction continuelle, la contrition du cœur, l’amour du prochain. Et le contraire est évident : c’est la pensée de convoitise, la médisance, la haine du prochain, et ce qui leur ressemble.

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