Homélies sur l’Évangile, n°2 ; PL 76, 1081 (trad. Luc commenté, DDB 1987, p. 141 rev.)

Que tout homme qui connaît les ténèbres qui font de lui un aveugle…crie de tout son esprit : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ». Mais écoutons aussi ce qui fait suite aux cris de l’aveugle : « Ceux qui marchaient en tête le rabrouaient pour lui imposer silence » (Lc 18,39). Qui sont-ils ?

Ils sont là pour représenter les désirs de notre condition en ce monde, fauteurs de trouble, les vices de l’homme et leur tumulte, qui, voulant empêcher la venue de Jésus en nous, perturbent notre pensée en y semant la tentation et veulent couvrir la voix de notre cœur en prière.

Il arrive souvent, en effet, que notre volonté de nous tourner vers Dieu à nouveau…, notre effort pour éloigner nos péchés par la prière, soit contrarié par leur image : la vigilance de notre esprit se relâche à leur contact, ils jettent la confusion dans notre cœur, ils étouffent le cri de notre prière…

Qu’a donc fait cet aveugle pour recevoir la lumière malgré ces obstacles ? « Il criait de plus belle : ‘ Fils de David, aie pitié de moi ! ‘ »… Oui, plus le tumulte de nos désirs nous accable, plus nous devons rendre notre prière insistante… Plus la voix de notre cœur est couverte, plus elle doit insister vigoureusement, jusqu’à couvrir le tumulte des pensées envahissantes et toucher l’oreille fidèle du Seigneur.

Chacun se reconnaîtra, je pense, dans cette image : au moment où nous nous efforçons de détourner notre cœur de ce monde pour le ramener à Dieu…, ce sont autant d’importuns qui pèsent sur nous et que nous devons combattre. C’est un essaim que le désir de Dieu a du mal à écarter des yeux de notre cœur… Mais en persistant vigoureusement dans la prière, nous arrêtons en notre esprit Jésus qui passait. D’où le récit de l’Évangile : « Jésus s’arrêta et ordonna qu’on le lui amène » (v. 40).

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