Discours, 1ère série, n° 84 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 415)

Quant à moi, je dis que ceux qui sont tourmentés en enfer le sont par les coups de l’amour. Qu’est-ce qu’il y a de plus amer et de plus violent que les tourments de l’amour ? Ceux qui sentent qu’ils ont péché contre l’amour portent en eux une condamnation bien plus grande que les châtiments les plus redoutés. La souffrance que le péché contre l’amour met dans le cœur est plus déchirante que tout autre tourment.

Il est absurde de penser que les pécheurs en enfer sont privés de l’amour de Dieu. L’amour est l’enfant de la connaissance de la vérité, qui, de l’aveu de tous, est donnée sans partage. Par sa puissance même, l’amour agit de deux manières. Il tourmente les pécheurs, comme il arrive ici-bas qu’un ami tourmente un ami. Et il réjouit en lui ceux qui ont gardé ce qu’il fallait faire. Tel est à mon sens le tourment de l’enfer : le regret. Mais les âmes de ceux d’en haut sont dans l’ivresse des délices.

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