Homélie 63 sur St Matthieu ; PG 58, 603s (trad. Marc commenté, DDB 1986, p. 103)

Ce n’était pas un empressement médiocre que le jeune homme avait montré ; il était comme un amoureux. Alors que les autres hommes s’approchaient du Christ pour le mettre à l’épreuve ou pour lui parler de leurs maladies, de celles de leurs parents ou d’autres gens encore, lui s’approche pour s’entretenir avec lui de la vie éternelle.

Le terrain était riche et fertile, mais il était plein de ronces prêtes à étouffer les semences (Mt 13,7). Considère comme il est bien disposé à obéir aux commandements : « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »…

Aucun Pharisien n’a jamais manifesté de tels sentiments ; ils étaient plutôt furieux d’avoir été réduits au silence. Notre jeune homme, lui, est reparti les yeux baissés de tristesse, signe non négligeable de ce qu’il n’était pas venu avec de mauvaises dispositions. Il était seulement trop faible ; il avait le désir de la Vie, mais une passion très difficile à surmonter le retenait…

« Si tu veux être parfait, va, vends tes biens, donnes-en le prix aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi… En entendant ces paroles, le jeune homme s’en alla tout triste ». L’évangéliste montre quelle est la cause de cette tristesse : c’est qu’il « avait de grands biens ».

Ceux qui ont peu et ceux qui sont plongés dans l’abondance ne possèdent pas leurs biens de la même façon. Chez les derniers l’avarice peut être une passion violente, tyrannique. En eux, toute nouvelle possession allume une flamme plus vive, et ceux qui en sont atteints sont plus pauvres qu’avant. Ils ont plus de désirs et pourtant sentent plus fort leur soi-disant indigence.

Considère en tout cas comment ici la passion a montré sa force… « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Non que le Christ condamne les richesses, mais plutôt ceux qu’elles possèdent.

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